Date de publication :

Secteur Produits alimentaires
Pays concerné
Allemagne
Thématique Réglementation et politique économique
En Allemagne, les labels et autres indications sur les conditions d’élevage et le bien-être des animaux fleurissent dans les rayons. S’il existe déjà une multitude de logos gérés par des organismes privés, dont le plus connu est le « Haltungsform », avec son échelle allant de 1 à 4, d’autres essayent de s’installer, comme le QM-Milch. Dans le même temps, le gouvernement fédéral met en place une obligation d’étiquetage des conditions d’élevage.

Les distributeurs sont de plus en plus demandeurs de labels, outils marketing essentiels à leurs initiatives de respect des animaux. Peu à peu, en s’appuyant sur ces étiquetages, Aldi, Lidl, Edeka et d’autres magasins écartent de leurs rayons les produits issus des élevages les moins attentifs au bien-être des animaux.  

Les supporters des labels sont convaincus que ces derniers apportent une valeur ajoutée et orientent les choix des consommateurs. Cependant, cette affirmation est nuancée par les résultats d’un sondage réalisé en mai 2023 au sujet des labels que l’on trouve sur les briques de lait : 42 % des interrogés ne prennent pas en compte le bien-être animal lors de leurs achats de lait, et seulement 17 % portent une attention particulière à l’origine du lait, aussi bien sa région de production que le type de ferme dont il est issu. Et comble de l’incompréhension, chez les moins de 30 ans, ils seraient encore moins nombreux à y donner de l’importance.  

Une preuve du réel engouement pour les labels est l’introduction d’un nouvel étiquetage pour le lait, le QM-Milch. Encore très jeune, le sondage révèle qu’il n’est connu que par 1/3 des interrogés. Ce label repose sur 2 niveaux, QM+ et QM++, équivalents des niveaux 2 et 3 du Haltungsform. Anne Hamester, membre du groupe de protection des animaux Provieh, critique ce nouveau label qui s’avèrerait trompeur. Le niveau QM+ s’aligne en effet sur le niveau d’élevage 2, dont les standards restent bas, ce qui donne au lait QM+ une image bien trop positive selon elle. Avec l’afflux de labels, tous les produits portent des indications et passent pour plus respectueux des animaux qu’ils ne le sont pas vraiment en réalité. De plus, les consommateurs ne sont pas en mesure de savoir quels sont les critères qui se cachent derrière l’attribution de chaque label.

Les labels prennent cependant de l’importance et s’ajoutent à la marque des produits, leur composition et leur valeur nutritive. La marque reste centrale car elle garantit pour les consommateurs une certaine qualité et standardisation, à l’image de Schwarzwaldmilch, qui défend des produits régionaux, sans OGM et bio, et se passe ainsi de labels. Mais selon Oliver Bartelt, porte-parole de la Deutsche Milchkontor, premier fabricant de lait en Allemagne, les labels sont décisifs car ils donnent des critères homogènes aux consommateurs qui peuvent alors juger de la qualité du produit. Il pense aussi que les labels ont de beaux jours devant eux car ils répondraient à la demande des jeunes générations d’en savoir davantage sur les produits achetés et consommés.  

Face à cette inflation des labels, le gouvernement fédéral souhaite lui aussi mettre en place son propre sigle qui prendrait la forme d’une indication obligatoire sur les conditions d’élevages. Pour certains, cela va encore compliquer la situation, mais le gouvernement constitué de sociaux-démocrates, de libéraux et d’écologistes est d’avis qu’un label homogène sur tous les produits permettra véritablement au consommateur de les comparer et d’éclairer ses choix.  Ainsi, le Bundestag a voté, le 16 juin 2023, la loi sur l’étiquetage obligatoire des conditions d’élevage. Au départ, le logo ne sera obligatoire que pour la viande fraîche de porc d’origine allemande. Un élargissement sera prévu à d’autres espèces et à la viande servie par la restauration. L’indicateur définit 5 niveaux d’élevage : 1) étable, 2) étable + espace, 3) étable bien aérée avec de l’air frais, 4) parcours / pâturage, et 5) bio.

Le projet est critiqué par les agriculteurs mais aussi par les protecteurs des animaux car, selon eux, les appellations « étable + espace » et « parcours / pré » seraient bien trop positives et euphémiseraient les conditions d’élevage. La loi est entrée en vigueur mi-août 2023, et une phase de transition de 2 ans s’ouvre avant que l’obligation ne soit vraiment effective et visible dans les magasins. Les éleveurs porcins ont jusqu’à la fin juillet 2024 pour communiquer aux autorités leurs données sur leurs conditions d’élevage. Le logo sera obligatoire dans le commerce à partir d’août 2025, ce qui laisse le temps aux distributeurs d’adapter leurs emballages. Les labels concurrents pourront continuer à exister en parallèle de l’indication gouvernementale.  

Mais un problème structurel persiste : Comment concilier le bien-être animal avec des prix acceptables pour les consommateurs et justes pour les éleveurs ?  

Le parlement a aussi voté en juin dernier une modification du Droit de la construction qui vise à faciliter les travaux dans les fermes pour les adapter à des attentes plus élevées en matière de bien-être animal. Cette modification entrera en vigueur au 1er octobre 2023. Ainsi, il devrait être plus aisé de modifier son étable pour qu’elle soit plus grande et mieux aérée, et que les produits répondent par conséquent à la demande de respect des animaux.  

Finalement, les agriculteurs et leurs représentants de l’association des agriculteurs allemands (DBV) souhaitent prendre part aux négociations avec les distributeurs pour s’assurer de prix justes, et ils préfèrent la discussion afin de se mettre d’accord sur les conditions d’élevage plutôt que de suivre des standards pour obtenir un label ou une autre certification. Le débat sur les labels et le bien-être animal continue donc de diviser en Allemagne.  

 

Sources :  Kirsten GierseWestermeier et Markus Wörmann, top agrar online, 12 septembre 2023 ; Anna Hüttenschmidt, top agrar online, 23 août 2023 ; Johanna Michel, agrarheute, 16 juin 2023