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La balance commerciale agricole et agroalimentaire française fait l’objet d’une attention accrue ces derniers mois, dans un contexte de ralentissement de certaines exportations et de progression des importations sur plusieurs catégories de produits.
Si la France conserve des atouts solides à l’international, l’évolution récente du solde commercial invite les entreprises à affiner leur lecture des marchés et à ajuster leur stratégie export pour 2026.

Une balance commerciale sous tension : ce que montrent les derniers chiffres
En 2025, l’excédent agricole et agroalimentaire français ressort autour de 0,5 Md€ en cumul sur douze mois, contre près de 4,9 Md€ en 2024, la contraction est très marquée en un an. L’excédent demeure, mais la marge de sécurité s’est fortement réduite.
Cette dégradation s’explique à la fois par le basculement des produits bruts en quasi‑équilibre, voire en léger déficit (autour de -2,1 Md€), et par le déficit marqué de plusieurs catégories de produits transformés (environ -10,8 Md€). Les vins et spiritueux restent le principal facteur de soutien, avec un excédent proche de +12,9 Md€, qui compense partiellement la baisse des autres postes.
Dans le même temps, les importations progressent plus vite que les exportations, notamment sur les produits transformés, ce qui accentue la concurrence, tant sur le marché domestique qu’à l’international.
Des positions fortes concentrées sur quelques filières stratégiques
En 2025, la France a maintenu son rang de 6ᵉ exportateur mondial de produits agricoles et agroalimentaires, avec environ 4,3% de part de marché, en léger recul par rapport à 2024 (4,4%). Derrière cette stabilité apparente, l’excédent se concentre désormais sur un nombre plus restreint de filières.
Les principales filières motrices restent notamment les vins et spiritueux, les produits laitiers, le sucre, les semences et certaines préparations céréalières et sucrières. À l’inverse, les céréales ou les oléagineux voient leurs exportations reculer et leur solde se contracter, ce qui confirme une performance désormais moins homogène selon les secteurs.
La France demeure le 1er exportateur mondial de vins et spiritueux, avec environ 17,3 Md€ d’exportations et un excédent commercial proche de 12,9 Md € sur la période juillet 2024-juin 2025 (en léger recul sur un an). Les produits laitiers, en particulier les fromages (environ 9,3 Md€ d’exportations et un solde d’environ 2,7 Md€) constituent également un pilier solide. Le sucre et les semences contribuent eux aussi positivement au solde, avec des positions internationales établies.
Ces résultats reposent sur des savoir‑faire à forte valeur ajoutée : origine identifiée, qualité perçue, labels, indications géographiques, image « France » sur le goût et la sécurité sanitaire.
Les principaux clients de la France demeurent les pays européens (Belgique, Allemagne, Espagne, Italie), qui concentrent une part importante des exportations en valeur. Cependant, l’excédent est principalement porté par les pays tiers, en particulier les États‑Unis, le Royaume‑Uni, certains pays du Golfe et pour certaines filières plusieurs marchés asiatiques.
Sur ces marchés, la France bénéficie encore d’un positionnement différenciant sur les produits premium : vins et spiritueux en Amérique du Nord, fromages et spécialités en Europe du Nord et au Royaume‑Uni, certaines préparations sucrées et d’épicerie dans les pays tiers.
Les nouveaux points de vigilance pour les exportateurs en 2026
En 2025, la dégradation de l’excédent s’explique en grande partie par une progression des importations plus rapide que celle des exportations, en particulier sur les produits transformés. Les entreprises françaises se retrouvent ainsi en concurrence directe avec des origines européennes et extra‑européennes capables de proposer des offres comparables en qualité, souvent à des niveaux de prix inférieurs.
La pression est particulièrement visible sur les segments « milieu de gamme » et sur les catégories standardisées (épicerie, certaines viandes, produits à base de céréales ou d’oléagineux), où la différenciation reste limitée. Dans ce contexte, un positionnement uniquement fondé sur le prix devient difficilement soutenable sur de nombreux marchés.
Les données 2025 confirment ce contraste : les produits transformés hors vins et spiritueux restent structurellement déficitaires, tandis que les vins et spiritueux continuent de porter l’essentiel de l’excédent français. Cette dynamique traduit à la fois l’attrait pour des offres compétitives en prix et la capacité de certains concurrents à proposer des produits adaptés aux attentes en praticité, goût et formats.
Pour les acheteurs (distributeurs, restauration, industriels), l’enjeu ne porte pas uniquement sur le prix, mais sur le rapport qualité/prix et sur la capacité d’innovation. La compétitivité se joue désormais autant sur la valeur perçue (usage, praticité, promesse nutrition/RSE) que sur le tarif.
Par ailleurs, les industries agroalimentaires françaises font face à une triple pression : hausse des coûts de production (énergie, matières premières, main‑d’œuvre), exigences environnementales et sanitaires accrues et tensions sur les marges. Ces facteurs pèsent sur la compétitivité prix des produits français, notamment face à des concurrents opérant sous des standards différents.
Dans le même temps, ces exigences plus strictes répondent à une demande croissante de garanties sur la qualité, la traçabilité ou l’empreinte environnementale, en particulier sur les marchés à plus forte valeur ajoutée. Pour les exportateurs, l’enjeu est donc de transformer ces contraintes en arguments commerciaux explicites (certifications, engagements climat, bien‑être animal, emballages responsables) plutôt que de les subir uniquement comme un surcoût.
Orientations stratégiques pour 2026
Les données récentes montrent que l’excédent français est de plus en plus tiré par quelques zones clés, notamment certains pays tiers comme les États‑Unis, le Royaume‑Uni ou des marchés asiatiques, tandis que la situation demeure plus contrastée au sein de l’UE. Plutôt que de se disperser, il devient stratégique pour une PME de concentrer ses efforts sur deux ou trois marchés réellement porteurs pour sa catégorie de produits, là où l’image France conserve un avantage différenciant.
Cela suppose de croiser les données sectorielles disponibles (FranceAgriMer : progression des exportations par zone) avec une analyse du terrain (distributeurs, importateurs, salons, missions) afin de sélectionner des marchés où le potentiel justifie des investissements commerciaux et marketing.
Travailler le couple prix/valeur consiste à ajuster le produit (recette, format, emballage, services associés) aux attentes spécifiques du marché cible afin de justifier un positionnement prix cohérent, plutôt que de rogner systématiquement sur les marges.
Enfin, dans un contexte où les exigences sanitaires, environnementales, d’étiquetage ou d’emballage se renforcent dans de nombreuses zones, la maîtrise du cadre réglementaire devient un facteur de compétitivité à part entière. Anticiper ces règles dès la conception du projet export (formulation, étiquettes, allégations, logistique) permet d’éviter des blocages coûteux et de transformer la conformité en argument commercial.
En 2026, la question n’est plus uniquement celle des volumes exportés, mais celle de la solidité des positions acquises. Dans un environnement plus concurrentiel et moins homogène selon les filières, la sélectivité des marchés, la valorisation de l’offre et l’anticipation réglementaire constituent désormais des leviers clés de compétitivité à l’export.
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Sources
- Agreste (2026) Commerce extérieur agroalimentaire. En novembre 2025, les échanges de produits transformés continuent de peser sur l’excédent agroalimentaire, tableau de bord. Disponible à : Commerce extérieur agroalimentaire. En novembre 2025, les échanges de produits transformés continuent de peser sur l’excédent agroalimentaire|Agreste, la statistique agricole
- Agreste (février 2025) Commerce extérieur agroalimentaire. Disponible à : TdB février 2025_version imprimable
- Agreste (2025) Synthèse conjoncturelle – Commerce extérieur agroalimentaire (avril 2025). Disponible à : https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/SynCex25435/consyn435202504-Cex.pdf
- Agreste (2025) Synthèse conjoncturelle – Commerce extérieur agroalimentaire (novembre 2025). Disponible à : IR_CE_1125_JMF_IRB_VM_bis
- Assemblée nationale (juin 2025) Question n°7325 : Balance agroalimentaire et agricole 2024. Disponible à : Question n°7325 : Balance agroalimentaire et agricole 2024 - Assemblée nationale
- FranceAgriMer (2025) Les performances à l'exportation des filières agricoles et agroalimentaires françaises, situation sur la période juillet 2024 – juin 2025. Disponible à : https://www.franceagrimer.fr/sites/default/files/2025-11/BIL-MUL-PERF_AGRI_AGRO_EXPORT_JUIL24-JUIN25_0.pdf
- Insee (février 2024) Commerce extérieur − Transformations de l'agriculture et des consommations alimentaires. Disponible à : Commerce extérieur − Transformations de l'agriculture et des consommations alimentaires | Insee
- Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire (2024) 10 choses que vous ignorez (peut-être) sur le vignoble français. Disponible à : https://agriculture.gouv.fr/10-choses-que-vous-ignorez-peut-etre-sur-le-vignoble-francais
- The Shift Project (novembre 2024) Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère. Disponible à : rapport_complet_ofpm_2024_internet_v11_0.pdf
- Trésor-Éco n° 342 (avril 2024) Quels besoins d'investissements pour les objectifs français de décarbonation en 2030 ? Disponible à : Trésor-Éco n° 342 (Avril 2024), " Quels besoins d'investissements pour les objectifs français de décarbonation en 2030 ? "