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Marché clé pour la pomme de terre française, l’Espagne reste un débouché incontournable pour les opérateurs de la filière. Entre besoins réguliers d’approvisionnement, proximité géographique et forte demande des distributeurs et industriels, les échanges franco-espagnols demeurent particulièrement dynamiques.
1. L’Espagne, un marché clé pour les exportateurs français
La France, fournisseur de référence du marché espagnol
Selon les dernières données 2025, l’Espagne demeure le premier débouché extérieur de la pomme de terre française, le pays a importé 1,179 million de tonnes de pommes de terre de consommation, hors semences, dont 902 059 tonnes depuis la France. Avec une part de marché d’environ 76,5 %, l’origine française domine très largement les approvisionnements espagnols, devant le Portugal, le Royaume-Uni, Israël, l’Égypte ou encore les Pays-Bas. Cette position de leader repose sur plusieurs facteurs structurels, dont la proximité géographique qui permet d’assurer des livraisons rapides et régulières, tandis que les bassins de production français disposent de capacités importantes logistiques (stockage/conditionnement).
Par ailleurs, la production espagnole ne suffit pas à couvrir les besoins du marché tout au long de l’année. Les importations françaises jouent donc un rôle essentiel pour sécuriser l’alimentation des réseaux de distribution, grossistes et industriels espagnols.
Une production nationale stable, mais insuffisante
En Espagne, les surfaces consacrées à la pomme de terre ont retrouvé une légère dynamique, atteignant 66 660 hectares en 2025, soit 9 % de plus qu’en 2024. Cette progression ne s’est toutefois pas traduite par une hausse des volumes : la production s’est établie à 1,948 million de tonnes, en recul de 1,2 % sur un an. L’offre espagnole reste par ailleurs très saisonnière et près des trois quarts des surfaces sont cultivées sous irrigation. La Castille-et-León et l’Andalousie figurent parmi les principaux bassins de production.
Une consommation ancrée dans les usages culinaires espagnols
La pomme de terre conserve une place importante dans l’alimentation espagnole, aussi bien à domicile que dans la restauration, notamment à travers des préparations emblématiques comme la tortilla de patatas, les patatas bravas ou les garnitures servies avec les viandes et poissons. En 2024, les achats des ménages ont représenté 25,79 kg par habitant, en baisse de 2,9 % par rapport à 2023. La pomme de terre fraîche demeure majoritaire, avec 68,3 % des volumes achetés, mais recule de 3,5 %, tandis que les segments transformés et surgelés gagnent du terrain, portés par la recherche de praticité et l’évolution des habitudes de consommation.
Une concurrence plus dynamique qu’il n’y paraît
Si la domination française reste indiscutable, le marché espagnol se caractérise néanmoins par une diversification progressive de ses fournisseurs. En 2025, l’Espagne a importé 1,27 million de tonnes de pommes de terre, en recul de 1,5 % par rapport à 2024. La France demeure de très loin le premier fournisseur, avec 941 379 tonnes, soit 73,7 % des importations espagnoles. Elle devance largement les Pays-Bas, avec 82 717 tonnes et 6,5 % de part de marché, puis le Portugal, dont les exportations ont atteint 72 268 tonnes, en progression de 13 % sur un an. Parmi les fournisseurs extracommunautaires, l’Égypte poursuit également sa progression et approche désormais les 39 000 tonnes.
Pour les acheteurs espagnols, cette diversification des origines permet de compléter et de sécuriser les approvisionnements selon les périodes de l’année. La concurrence ne se joue plus uniquement sur les prix : la disponibilité des volumes, les caractéristiques variétales, les usages culinaires, la qualité visuelle, la régularité des lots et les performances logistiques deviennent des critères déterminants.
Point de vigilance : qualité, étiquetage et transition de campagne
La campagne 2026 a été marquée en Espagne par une communication négative de l’organisation agricole COAG autour de certains lots français de conservation issus de l’ancienne récolte. Les critiques ont porté sur leur qualité perçue, leur arrivée à des prix très compétitifs au moment de la mise en marché de la pomme de terre nouvelle espagnole et, plus largement, sur des défauts d’étiquetage de l’origine. À ce stade, aucun blocage commercial généralisé n’a été identifié auprès des importateurs. Cet épisode rappelle néanmoins l’importance, pour les exportateurs français, d’une qualité régulière, d’un tri et d’un contrôle rigoureux des lots, d’une présentation adaptée aux attentes des acheteurs espagnols et d’un étiquetage parfaitement clair. Sur ce marché stratégique, la confiance se joue autant sur la conformité et la transparence que sur le prix et la disponibilité.
2. En 2026, sécuriser les volumes et créer davantage de valeur
Des volumes français sous pression
L’année 2026 marque un changement significatif pour la filière française. Après une récolte exceptionnellement abondante en 2025, la production nationale de pommes de terre de conservation devrait reculer d’environ 23 %. Cette contraction résulte à la fois d’une diminution des surfaces cultivées et d’une baisse des rendements, affectés par les épisodes de chaleur et les tensions hydriques observés au cours de la campagne. Les rendements moyens sont estimés à 37,4 tonnes par hectare contre 43,5 tonnes l’année précédente.
Cette situation modifie profondément l’équilibre du marché. Alors que la récolte record de 2025 avait généré une forte pression sur les prix et favorisé l’écoulement de volumes importants vers l’export, la campagne 2026 s’annonce plus tendue. Les opérateurs devront arbitrer entre les besoins du marché intérieur, ceux de l’industrie de transformation et les demandes des clients étrangers. Pour l’Espagne, dont la dépendance à l’origine française reste élevée, la question de la disponibilité des volumes devient un enjeu central. Les importateurs chercheront davantage à sécuriser leurs approvisionnements par le biais de contrats ou de programmes d’achat anticipés afin de limiter les risques liés à une offre plus restreinte.
Miser sur la valeur
La création de valeur reste un levier essentiel pour préserver la compétitivité de la filière. La proximité géographique continue d’offrir un avantage considérable face aux concurrents plus éloignés, en permettant une meilleure réactivité et une réduction des délais de livraison. Cette force logistique s’accompagne de la forte différenciation qu’offre la filière pomme de terre française. Les acheteurs espagnols sont très attentifs aux caractéristiques variétales, à la qualité culinaire, à la traçabilité et à l’adaptation des produits à leurs usages spécifiques.
Les producteurs et exportateurs français poursuivent leurs investissements et le développement de segments à forte valeur ajoutée, qu’il s’agisse de variétés destinées à la transformation, aux frites, à la consommation fraîche ou à des usages spécialisés. Le renforcement des partenariats commerciaux avec les distributeurs et industriels espagnols constitue un facteur clé de sécurisation. Dans cette perspective, les rendez-vous professionnels, notamment les grands salons internationaux tels que Fruit Attraction à Madrid, représentent des opportunités stratégiques pour consolider les relations d’affaires et préparer la croissance future du commerce franco-espagnol.
La pomme de terre à l’honneur au cœur du Pavillon France lors de Fruit Attraction 2026
À l’occasion de Fruit Attraction 2026, qui a placé cette année la pomme de terre à l’honneur, le Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT) et Business France ont organisé, au cœur du Pavillon France, deux rendez-vous culinaires exclusifs à destination des professionnels, notamment de la presse espagnole.
Trois chefs français d’exception — Éric Finon, Meilleur Ouvrier de France (MOF), Delphine Robert et Ludovic Cruz Mangel, de la Maison Lenôtre — ont élaboré cinq recettes créatives à base de pommes de terre, mettant en valeur leur qualité, leur diversité et leurs multiples aptitudes culinaires.
Ces dégustations exclusives ont également favorisé les échanges entre professionnels français et espagnols, tout en leur permettant de mieux appréhender le marché et les enjeux de la campagne 2026-2027.
Source : Business France d’après sources diverses