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Dans la semaine du 30 mars au 3 avril dernier, le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire et Business France proposaient les Journées Export Agro, une semaine de webinaires d’informations pour toutes les filières de l’agro (produits alimentaires, vins et spiritueux, équipements). Accessibles gratuitement aux entreprises, ces sessions d’éclairages économiques ont réuni plus de 2000 inscrits sur un programme resserré de neuf webinaires, confirmant le besoin d’informations et de partages pour tous les acteurs agro impliqués dans des démarches à l’international.
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Les destinations traitées cette année témoignaient d’ailleurs d’une volonté d’ouverture de la filière : pays du Nord de l’Europe (Danemark, Suède), Maroc ou encore Philippines… Des marchés à forte accélération qui contrastaient avec les contextes plus incertains de la Chine ou des États-Unis, dont les actualités faisaient l’objet d’un webinaire spécial. Outre l’Allemagne, session d’ouverture des JEA, les webinaires ont également fait la part belle à des thématiques plus transversales comme les outils RH (V.I.E), les outils financiers (assurances export) et les outils de communication (campagnes Taste France) – sans oublier la question sanitaire, toujours très suivie par les entreprises.
Au total, ce sont en moyenne 140 participants qui se sont connectés à chaque session, avec des pics observés sur les webinaires États-Unis/Chine, Pays Nordiques et Philippines, preuve que les entreprises restent constamment à l’affût de nouvelles destinations et d’informations récentes. « L’export n’est pas une option pour la prospérité de nos entreprises » a d’ailleurs déclaré la ministre Annie Genevard en ouverture de la semaine. Si la situation géopolitique et commerciale mondiale reste préoccupante, les entreprises, elles, se montrent au rendez-vous, prêtes à s’adapter. Le nombre important de questions postées sur la plateforme pendant la semaine (plus d’une centaine) et le nombre de téléchargements d’études et de publications (le Guide Agro Où Exporter, par exemple, a été téléchargé près de 200 fois) témoignent de la motivation des acteurs économiques pour la prospection et la concrétisation de projets.
Afin de vous plonger plus concrètement dans le contenu des webinaires, voici un panorama résumé de chaque session :
Allemagne : durabilité dans le verre et dans la vigne (diffusion le 30 mars à 14H30)
Premier importateur de l’Union Européenne, l’Allemagne s’impose comme une destination naturelle pour les vins français, surtout sur les tendances les plus actuelles du marché (vins secs et légers, pétillants ou encore bio). Mais l’atomisation des circuits de distribution et la concurrence forte d’autres producteurs domestiques et européens font de cette destination un « marathon » pour les exportateurs – un marché à préparer dans la durée avec un vrai effort d’investissement région par région (communication, présence commerciale). Si les intervenants ont insisté sur l’intérêt de ce marché en matière de valorisation, ils n’ont pas manqué de souligner la dynamique plus contrastée du vignoble allemand qui connaît actuellement une restructuration. « Des opportunités existent pour les exportateurs d’équipements, mais de façon ciblée et sur des volets de transformation (environnement ou automatisation) » témoignent Aurélie Recio (Business France) et Karin Eymael (DDW, presse spécialisée) sur cette partie. Deux études résument d’ailleurs les enjeux et opportunités de ces deux secteurs (vins et équipements de viti-viniculture).
Maroc : résilience de l’agriculture et agro-industrie en mutation (diffusion le 31 mars à 10H)
Pourquoi le Maroc est-il considéré aujourd’hui comme une destination privilégiée de l’agroéquipement français ? D’abord parce que le secteur agri-agro est un fer de lance de l’économie marocaine et qu’il entame un processus de transformation et de montée en gamme très rapide qui nécessite un outillage professionnel (comme en témoigne Ali Bouchahda de l’entreprise HTDS, spécialisée sur la traçabilité sanitaire). Ensuite parce que les déséquilibres du changement climatique impactent fortement la production agricole et créent un besoin massif de solutions d’adaptation – y compris pour la reconstitution des cheptels (comme c’est le cas avec l’import d’animaux vivants, incarné à ce webinaire par Fenvia Livestock). Enfin parce que le Maroc et la France se sont engagés dans un partenariat institutionnel très fort qui peut faciliter le dialogue entre opérateurs économiques. Pour autant, les complexités du marché marocain ne sont pas à ignorer, notamment sur l’enjeu réglementaire en évolution permanente (les difficultés momentanées d’accès au marché pour les génisses étant abordées au cours de la session). Une étude est accessible gratuitement sur toutes ces questions.
Pays Nordiques (Suède, Danemark) : nouvelles cuisines, nouvelles attentes (diffusion le 31 mars à 15H)
Marchés de proximité à fort pouvoir d’achat, les pays du nord de l’Europe ont le vent en poupe en cette année 2026, conséquence des tensions géopolitiques accrues et d’un arrimage européen de plus en plus affirmé : les vins français trouvent ainsi un écho renforcé auprès du consommateur danois ou suédois par rapport aux vins américains. Mais, qu’il s’agisse de produits alimentaires ou de vins et spiritueux, le Danemark comme la Suède présentent des profils de consommation exigeants, où le prix entre de plus en plus en ligne de compte. D’où l’importance de réfléchir à des stratégies volumes auprès d’acteurs de la grande distribution (cf l’intervention de Nicolas Vahé, consultant sur ces questions) ou à des stratégies de mutualisation, pour la logistique notamment : ainsi, des opérateurs installés au Danemark comme l’importateur-distributeur HJ Hansen commencent à se déployer également sur la Suède. Mais le système suédois d’import des vins est à part, puisque le marché est régi en partie par un monopole, le Systembolaget qui fonctionne par des appels d’offres (liste permanente) ou des sourcing mensuels (liste temporaire) : tous ces éléments sont expliqués par l’importateur Alexandre Schuster mais également décryptés dans les deux études dédiées au marché suédois et danois.
Le V.I.E : un levier RH efficace pour accélérer son développement à l’international (diffusion le 1er avril à 10H)
Même si le V.I.E est un dispositif installé de longue date dans le paysage business, il n’est pas toujours mobilisé dans les mêmes proportions par les entreprises agro qui le croient à tort réservé aux grandes structures. Préjugé corrigé avec les intervenants de ce webinaire : trois d’entre eux proviennent justement de PME et ETI – Bioret Corp (équipement d’élevage), Château du Breuil (spiritueux) et Abyss Ingrédients (nutraceutique), même si le géant Lactalis vient également compléter le panel pour démontrer l’impact des V.I.E dans sa politique de recrutement. Car le V.I.E est bien souvent une rampe de lancement pour l’embauche, comme en témoigne Kenza Sengel, tout juste recrutée en CDI chez Abyss Ingrédients après deux ans de V.I.E en Allemagne. L’occasion de rappeler les principaux chiffres de ce dispositif : plus de 11 000 jeunes recrutés en V.I.E dont 55% sont envoyés en Europe. L’avantage principal ? Bénéficier d’une embauche qualifiée à coût maîtrisé, en déléguant à Business France la gestion des formalités (accueil du V.I.E, formation, administratif, etc). À terme, des ROI commerciaux réels sur les zones considérées : Canada pour Bioret, Autriche et Europe centrale pour Château du Breuil et de façon plus large, performance opérationnelle pour Lactalis sur les régions de production.
États-Unis et Chine : comment repenser sa stratégie pour réussir ? (diffusion le 1er avril à 15H)
En plein crise de consommation chinoise et alors que le paysage tarifaire américain reste toujours imprécis (Christian Ligeard, conseiller agricole, rappelle la situation transitoire des droits de douane après l’invalidation de la Cour Suprême), les deux marchés phares de l’export agro mondial semblent offrir des perspectives moroses. Pourtant les témoignages de Bertrand Girard (importateur de vins) et d’Arnaud Brunet (exportateur de fromages, Triballat) viennent contraster ces analyses : aux Etats-Unis, si la hausse des droits a créé des ralentissements au départ, elle semble aujourd’hui bien absorbée par les opérateurs de la chaîne de valeur (producteur, importateur, distributeur) qui diluent les surcoûts jusqu’au consommateur final. L’année écoulée a même permis de tisser des liens forts avec ces intermédiaires, laissant espérer des modes de fonctionnement optimisés une fois la situation entérinée. Côté chinois, la réflexion s’inscrit dans un calendrier plus long-terme au regard de la contraction très forte du marché des importateurs mais des opportunités demeurent sur les villes secondaires. Les conseils livrés par les équipes de Business France, appuyés sur les études de marché de 2024, permettent ainsi de cibler certains circuits comme le e-commerce ou des stratégies Etat par Etat.
Philippines : capter la croissance d’un marché en forte demande (diffusion le 2 avril à 10H)
Pour quelles raisons les exportateurs français de produits alimentaires et de boissons alcoolisées devraient-ils s’intéresser au marché philippin, a priori éloigné logistiquement et encore peu mature ? D’abord parce que la croissance de la classe moyenne se fait à rythme très rapide, avec des besoins de consommation de plus en plus premium et occidentalisés, exprimés pour beaucoup en RHD. Ensuite parce que l’ouverture du pays aux produits d’import ne se dément pas, avec des volumes en forte croissance liés à des productions agricoles encore faibles – comme le confirme Julien Rogon sur la filière porc. Le développement de l’agriculture est d’ailleurs un des moteurs de la demande philippine, conduisant également les fabricants d’équipements amont et aval à s’intéresser à cette destination. Mais l’approche des Philippines doit se faire de manière prudente, avec des interlocuteurs de confiance et un investissement en temps sur place ; la communication et les actions de pédagogie ne doivent pas être négligées pour permettre au consommateur philippin de découvrir la typicité des produits français. Une étude en téléchargement gratuit aborde tous ces sujets et les trois filières de l’agro sur la région.
Les outils de soutien financier à l’export, comment s’en saisir ? (diffusion le 2 avril à 14H)
Premier webinaire thématique des JEA 2026, cette session visait à faire le point sur le panorama d’outils de soutien à l’export, en mettant en avant les dispositifs de garanties publiques. Dans un contexte de risques plus important, l’apport de la puissance publique pour sécuriser les échanges peut être un vrai plus pour se lancer sur des projets d’export. Pour cette raison, la Direction Générale du Trésor et Bpifrance proposent des dispositifs d’assurance-crédit export visant à sécuriser les contrats commerciaux et soutenir les financeurs privés face au risque de non-paiement ; ces dispositifs sont aujourd’hui étendus, en intégrant une dimension court terme (assurance des contrats commerciaux sur des destinations spécifiques) ou en s’adossant à des dispositifs de réassurance des financeurs privés (CapFrance Export). Le témoignage d’un représentant d’Intercéréales permet d’ailleurs d’illustrer comment CapFrance Export a pu être remanié pour répondre aux récents enjeux d’export de la filière céréales sur l’Égypte et la Tunisie.
Les outils de promotion à l’export : les campagnes Taste France (diffusion le 2 avril à 16H)
Comment développer sa visibilité à l’international à moindre coût ? C’est aujourd’hui la problématique que rencontrent nombre d’exportateurs dans leurs démarches BtoC. Raison pour laquelle la marque Taste France a été créée afin de valoriser la dimension Made in France des produits agroalimentaires mais également pour permettre à des entreprises de valoriser leur offre de façon groupée sous cette ombrelle. Ainsi en est-il des entreprises Groupe Salins (producteur de sel) et Gérard Bertrand (producteur de vins du Languedoc) qui ont participé à des événements grand public en réservant leur emplacement au sein de l’espace Taste France : leur marque propre était alors valorisée, au sein d’un écosystème d’entreprises françaises également très actives sur la promotion. Avec une prise en charge à hauteur de 70%, le dispositif Taste France permet ainsi de rendre accessible des événements et des opérations qui seraient autrement inatteignables pour de nombreuses entreprises. À la clé : des ROI de visibilité particulièrement élevés (25 000 visiteurs sur le stand Taste France du festival Taste of London par exemple !)
Les procédures d’agrément à l’export : un processus exigeant (diffusion le vendredi 3 avril à 10H)
Comme chaque année, ce webinaire technique et pédagogique a fait le plein de questions et de participants, preuve que les démarches d’agrément se complexifient et que les entreprises ont toujours besoin d’aide pour répondre aux exigences des pays tiers. La première partie a rappelé le processus de demande, qui varie en fonction de la typologie du produit et des pays considérés – les procédures d’audit et de contrôle des établissements constituant les catégories les plus complexes. Le témoignage de la directrice Qualité filière Porc de Bigard a permis d’évoquer l’apparition de procédures de contrôle en visio qui, sous leur apparente simplicité, s’avèrent en réalité plus strictes. Le message de collaboration était également très fort dans ce retour d’expérience : les procédures d’agrément peuvent être longues et fastidieuses donc il est important de s’entourer des services compétents, à la fois au sein de FranceAgriMer, de la DGAL et des DDPP. Mot d’ordre : ne pas se décourager !
[1] Les Journées Export Agro sont proposées par le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire et organisées par Business France, en lien avec ses partenaires à l’export (Hopscotch Season, Ania, La Coopération Agricole ; FranceAgriMer, CCI Ile de France).