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« Venir dans les Pays Nordiques en 2026, c’est vraiment se projeter dans l’économie de demain… Et ce n’est qu’à deux heures de Paris ! »

Les Pays Nordiques, réputés pour leur innovation et leur pouvoir d’achat, restent paradoxalement sous-exploités par les PME et ETI françaises. Pourtant, ces marchés recherchent des partenariats et des solutions complémentaires, dans un contexte géopolitique qui renforce leur rôle stratégique en Europe. Entre transition énergétique, digitalisation et souveraineté industrielle, 2026 est le moment idéal pour s’y implanter.

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Interview de Mélanie Gaudin, directrice de la zone Pays Nordiques pour Business France

Les Pays Nordiques sont des marchés de proximité à fort pouvoir d’achat et pourtant ils restent une terre de conquête pour les PME et ETI françaises, parfois trop timides sur la zone. Comment expliquer ce paradoxe ?

Je crois que cette zone souffre justement parfois de son image de « bonne élève » : ce sont des pays innovants, performants, exigeants sur la qualité et ouverts à l’international. Par conséquent, les entreprises françaises les voient comme trop concurrentiels ou pas suffisamment en demande de solutions. Or c’est faux : les grands donneurs d’ordre de ces pays recherchent des compétences et des briques complémentaires et apprécient particulièrement les démarches partenariales. Par son savant mélange entre rigueur et créativité, l’approche française est souvent plébiscitée dans les Pays Nordiques. Côté B2C, l’aspect premium des productions françaises est un véritable argument de vente dans un marché où les indices de consommation surpassent les moyennes européennes, en valeur mais aussi en volume par habitant : la Suède figure ainsi en tête des paniers moyens d’achats de cosmétiques par an en Europe. Les succès des sirops Monin, des meubles Ligne Roset ou des cosmétiques NUXE sont là pour en témoigner, tout comme les vins français qui performent en première ou seconde position dans les restaurants et enseignes de distribution nordiques – la France est premier fournisseur en valeur du SystemBolaget, le monopole suédois des alcools.

Pourquoi incitez-vous les entreprises à venir maintenant, en 2026 ?

Parce que le contexte géopolitique modifie profondément le rôle économique que ces pays sont appelés à jouer en Europe, notamment dans une optique de souveraineté. Ce sont des territoires détenteurs de ressources stratégiques (énergie, terres rares, bois, ressources maritimes) et d’un tissu industriel particulièrement performant, ciblé sur les enjeux de demain. On retrouve ainsi toutes les chaînes de valeur de l’innovation durable (énergies vertes, batteries, décarbonation, mobilité électrique…), de la digitalisation, du cloud, du spatial et de la cybersécurité – des sujets critiques dans le contexte actuel. Ces pays du Nord sont aujourd’hui à un tournant de leur histoire diplomatique et commerciale : face aux tensions avec la Russie et face au désengagement américain, ils ont décidé d’assumer pleinement leur identité européenne et de tisser des relations partenariales plus étroites avec leurs homologues du continent. En ce sens, l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN marque un signal fort.

Est-ce que cela concerne la France ? Quelle est la nature de la relation entre la France et ces pays nordiques ?

Le rythme des visites officielles du président Macron donne à lui seul une indication : les 23 et 24 juin derniers, il était en Norvège, où c’était la première fois qu’un président français se rendait dans le pays depuis… quarante et un ans ! Avant cela, il était au Groënland (le 15 juin 2025) et, un an auparavant, en visite d’État en Suède (les 30 et 31 janvier 2024). Ce resserrement des liens se traduit également par des flux d’investissements dynamiques vers la France, première destination en Europe des investissement suédois et danois. Ce rapprochement économique se joue sur le terrain des technologies vertes mais aussi sur tous les secteurs du plan France 2030 ; et puis il y a bien sûr l’enjeu de Défense qui accélère des contrats d’équipement ou de sous-traitance dans des pays qui ont considérablement augmenté leurs budgets sur ces sujets. Dans les 4 pays, les budgets consacrés à la défense connaissent des hausses de 50 à 80 % sur la décennie, pour atteindre ou dépasser les standards OTAN.

Vous mentionnez l’intérêt des Pays Nordiques pour les technologies innovantes. D’où provient cet attrait pour l’innovation ? Et comment l’exploiter au profit des entreprises françaises ?

Les pays nordiques disposent d’un vivier de géants industriels tout à fait remarquable comme IKEA, Saab, Scania, Maersk ou encore Novo Nordisk… Ces champions industriels d’envergure mondiale ont eu à cœur de développer des innovations pour leurs propres chaînes de valeur et construisent ainsi des écosystèmes de R&D particulièrement performants. La Suède est ainsi le 2ème pays le plus innovant au monde (Finlande 7ème et Danemark 9ème) et figure dans le top 10 des pays où l’industrie est la plus robotisée au monde, tout comme le Danemark. Au-delà, ces pays s’appuient sur des clusters d’innovation très dynamiques, en lien avec les universités, qui adoptent parfois des logiques transfrontalières – comme c’est le cas pour la Medicon Valley, à cheval entre la Suède et le Danemark – et sur une concentration capitalistique qui favorise le financement des jeunes pousses. Ainsi la zone nordique, Estonie comprise, agglomérerait 83 licornes, qui fait de la zone la Silicon Valley de l’Europe. Pour les startups françaises, ces données sont un signal fort : il y a dans les Pays Nordiques de vraies perspectives de levées de fonds et de passage à l’échelle via l’aspiration des grands donneurs d’ordre.

Dans quels secteurs les jeunes pousses françaises pourraient-elles par exemple se montrer davantage présentes ?

Les Pays Nordiques accueillent depuis dix ans les innovations Fintech et Retail Tech venues de toute l’Europe : c’est d’ailleurs l’une des clés du succès de Mirakl ou de Lyra Network sur place. Désormais, il y a un terrain d’expérimentation très dynamique autour des biotechnologies et du secteur HealthTech au global. Et puis il y a le secteur des solutions agricoles et agroalimentaires sur lequel nous attirons l’attention des entreprises françaises : les Pays Nordiques sont connus pour leur recherche d’efficience sur l’amont agricole mais aussi pour leurs expérimentations en matière d’alimentation du futur. Les projets de Re :meat en Suède (viande cultivée en laboratoire) ou de SolarFoods en Finlande (fermentation) illustrent les investissements massifs sur ces sujets. Enfin, il est vraisemblable que ces pays seront fers de lance en matière de développement de l’Intelligence Artificielle européenne, en répondant notamment aux enjeux d’IA frugale via des solutions innovantes de réutilisation de chaleur ou d’enfouissement de datacenters. À noter : avec l’ouverture d’Esrange (Suède) et Andoya (Norvège), les deux ports spatiaux d’Europe continentale, il faudra également surveiller le secteur du New Space.

Il est vrai que ces pays sont reconnus pour leur avant-gardisme en matière de transition énergétique et environnementale. Que peuvent apporter les solutions françaises ?

Effectivement, la durabilité est un concept éprouvé en Europe du Nord : en Norvège, près de 90 % des véhicules neufs vendus sont entièrement électriques et, en Suède, la part des énergies renouvelables dans l’électricité consommée s’élève à 66 %. Les entreprises françaises ont une carte à jouer dans Green Shipping avec des projets d’envergure dans la décarbonation du secteur maritime et une attention toujours accrue à l’éolien en mer et les énergies renouvelables, même si les investissements et les subventions ont eu tendance à ralentir depuis un an. Il y a également le marché des batteries qui est en pleine structuration après la faillite de Northvolt et celui des CCUS qui trouve dans ces pays un réel terrain d’expérimentation à l’échelle (ex : projet Northern Lights en Norvège) : des acteurs comme Verkor ou Revcoo pourraient ainsi acquérir une bonne visibilité sur ces marchés. Sans oublier le nucléaire, pour lequel les investissements dans la zone se multiplient notamment en matière de SMR.

Justement, comment se passe concrètement l’approche de ce territoire ? Il est réputé difficile d’accès…

Cette réputation tient à trois facteurs principaux. D’abord, la relative exigüité des marchés fait craindre une massification et une rentabilisation plus lentes que sur de gros bassins de population : seule la Suède dépasse les 10 millions d’habitants, dans un marché total qui s’élève à 27 millions de consommateurs hors Estonie. Ensuite, ces pays ont souvent établi des systèmes de normes et de certifications qui leur sont propres et doivent être assimilées pour percer sur les marchés – c’est particulièrement le cas sur les allégations RSE. Enfin, le fait que les grands donneurs d’ordre aient des besoins ciblés sur de multiples chaines de valeur conduit à un phénomène d’identification de niches porteuses qu’il n’est pas toujours aisé de maîtriser. Mais tout cela ne doit pas décourager les aspirants sur la zone, au contraire : l’approche partenariale est souvent le sésame pour effectuer ses premiers pas sans trop de risques. Les partenaires locaux ont en effet les clés pour adapter les produits et créer des ponts avec les équipes locales ou le consommateur. C’est également une zone où les V.I.E sont très plébiscités : 400 sont actuellement installés dans les six pays de la zone (Danemark, Estonie, Finlande, Islande, Norvège, Suède) et permettent aux entreprises d’assurer une présence constante auprès des consommateurs et des clients.

Peut-on envisager d’avoir un seul partenaire pour toute la zone ? Ou une approche par pays est-elle nécessaire ?

La question de l’homogénéité de la zone est l’une des questions-clés que l’on nous adresse en première prospection de la zone. Les quatre pays centraux d’Europe du Nord (Scandinavie et Finlande) apparaissent effectivement comme très intégrés : ils ont une histoire commune, des proximités linguistiques, des caractéristiques économiques très voisines (innovation, durabilité, transparence business…) et une certaine symétrie en matière de marchés de consommation. Pourtant il serait illusoire de répliquer une stratégie d’approche d’un pays à l’autre car ces marchés sont souvent complémentaires les uns des autres : les niches de marché qui performent dans l’un ne seront pas forcément adressées dans les mêmes échelles et les mêmes conditions par le pays voisin. Voilà pourquoi il est rare d’avoir recours à un même partenaire pour tout le territoire : bien souvent, les entreprises travaillent de façon approfondie deux marchés de la zone.

Mais la concurrence n’est-elle pas trop forte pour les acteurs français ?

Il y a culturellement un prisme anglo-saxon et une forte présence allemande qui restent difficiles à contourner. Cependant, le revirement américain et les tarifs douaniers imposés par l’Administration Trump ont considérablement entamé les positions des États-Unis dans la région ; et il en est de même pour les produits d’importation chinoise… Les Pays Nordiques entendent valoriser les provenances européennes et la France, avec ses 900 filiales implantées et son Made in France reconnu, peut espérer gagner de bonnes parts de marché. Au-delà de cet ancrage dans la zone, les perspectives s’ouvrent d’ailleurs à l’international pour ceux qui valident leur passeport dans la région : par leur haut niveau d’internationalisation, les géants nordiques permettent à leurs partenaires d’envisager un relais important à l’international – et il en est de même pour les produits de grande consommation qui bénéficient de la caisse de résonance du marketing nordique. D’une certaine façon, si une entreprise réussit dans la zone, elle est ensuite assurée de réussir partout dans le monde, en Europe comme ailleurs.

Est-ce cette capacité d’ouverture qui caractérise ces marchés ?

Oui, il y a vraiment cette idée d’accélération : accélération financière, accélération technologique, accélération vers d’autres marchés. Venir dans les Pays Nordiques en 2026, c’est vraiment se projeter dans l’économie de demain… Et ce n’est qu’à deux heures de Paris !

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