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L’Italie met en œuvre une stratégie complète pour réintroduire l’énergie nucléaire après une interruption de 35 ans. Celle-ci combine : 
- une action législative accélérée, 
- des partenariats industriels structurants, 
- un programme ambitieux de formation et de développement des compétences. 

En octobre 2025, le gouvernement a approuvé une loi habilitante dotée d’un calendrier d’exécution réduit à 12 mois. En parallèle, les principaux industriels italiens ont créé Nuclitalia, une société chargée de coordonner l’analyse et le développement des technologies nucléaires de nouvelle génération, notamment les SMR (Small Modular Reactors) et AMR (Advanced Modular Reactors), dont les premières installations sont envisagées à partir de 2030. 

Le Plan national intégré énergie-climat (PNIEC) fixe l’objectif d’une contribution nucléaire couvrant 11 à 22 % de la demande d’électricité d’ici 2050. Cette ambition s’appuie sur un vaste ensemble de programmes académiques destinés à former une nouvelle génération de spécialistes.

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Cadre législatif et réglementaire 

Le gouvernement italien a mis en place une procédure législative accélérée destinée à permettre la réintroduction du nucléaire. 
Le 28 février 2025, le Conseil des ministres approuve un projet de loi déléguée autorisant l’exécutif à élaborer un cadre complet pour le « nouveau nucléaire durable ». 
Ce texte, validé officiellement le 3 mars 2025, donne 24 mois au gouvernement pour publier les décrets d’application. 

Le 2 octobre 2025, le Conseil des ministres adopte définitivement la loi habilitante. 
Modifications majeures : 

  • réduction du délai d’exécution de 24 à 12 mois
  • accélération de la mise en place du cadre réglementaire opérationnel avant fin 2027, en amont des élections générales. 

Le cadre législatif couvre : 

  • la production nucléaire, 
  • la gestion des déchets, 
  • le démantèlement, 
  • la recherche et la formation, 
  • la création d’une autorité nationale de sûreté nucléaire, 
  • l’adaptation aux normes européennes et internationales. 

Objectif de long terme : 11–22 % de la production électrique d’ici 2050, avec un changement structurel de la politique énergétique italienne. 

Nuclitalia : structure, gouvernance et mission stratégique 

Créée le 14 mai 2025, Nuclitalia S.r.l. réunit trois grands acteurs industriels : 

  • Enel (51 %), 
  • Ansaldo Energia (39 %), 
  • Leonardo (10 %). 

Son rôle : 

  • étudier les technologies nucléaires avancées, 
  • analyser les perspectives de marché, 
  • déterminer les solutions les plus adaptées au futur mix énergétique italien. 

La gouvernance repose sur un conseil d’administration de 7 membres, présidé par Ferruccio Resta (ancien recteur du Politecnico di Milano). Le directeur général est Luca Mastrantonio, responsable de l’innovation nucléaire chez Enel. 

Nuclitalia concentre ses premières analyses sur les SMR refroidis à l’eau, considérés comme les technologies les plus matures. Ses missions incluent : 

  • l’évaluation technoéconomique des réacteurs, 
  • la sélection des technologies les plus pertinentes, 
  • l’établissement de partenariats industriels, 
  • l’analyse des opportunités de marché, 
  • le renforcement de la filière industrielle nationale. 

Partenariats industriels et projets de réacteurs 

1. Programme SMR de Westinghouse 

Westinghouse propose d’implanter des SMR sur quatre anciens sites nucléaires italiens : 

  • Caorso 
  • Trino 
  • Latina 
  • Garigliano 

Les premières mises en service sont envisagées à partir de 2030, avec début des travaux la même année (sous réserve du cadre réglementaire). 
Le SMR AP300 de 300 MW, conçu par Westinghouse, devrait obtenir sa certification d’ici 2027 et affiche une durée de vie supérieure à 80 ans

2. Collaboration Edison – EDF – ENEA 

Un accord de coopération couvre : 

  • le développement des SMR EDF/NUWARD™
  • les réacteurs EPR1200 et EPR
  • les applications industrielles (cogénération chaleur/électricité, sûreté passive, systèmes thermohydrauliques), 
  • les échanges scientifiques et la formation. 

3. Développement des AMR avec Newcleo 

La coentreprise Nextcleo (NextChem 60 %, Newcleo 40 %) développe les modules « îlot conventionnel » et « balance of plant » du réacteur LFRAS200 (200 MWe). 
Objectifs : 

  • prototype non nucléaire en Italie dès 2026
  • premier réacteur opérationnel en France en 2031
  • décision d’investissement en 2029

Newcleo développe également un SMR au plomb pour applications maritimes, en coopération avec Pininfarina et Fincantieri, et collabore avec Danieli pour fournir chaleur industrielle, électricité et hydrogène bascarbone. 

4. Écosystème industriel élargi 

Lors de la World Nuclear Exhibition 2025, plusieurs accords ont été signés entre : 

  • Ansaldo Energia
  • Ansaldo Nucleare
  • EDF/Nuward
  • NextChem
    pour favoriser la diffusion des SMR dans les secteurs industriels et maritimes, et le développement d’usines bascarbone (« efactories »). 

Derniers éléments sur les programmes industriels (2026) 

L’année 2026 a été marquée par une forte intensification des initiatives industrielles liées au nouveau nucléaire. Le gouvernement a confirmé un plan d’investissement de 30 milliards d’euros destiné à construire 15 à 20 petits réacteurs modulaires (SMR) répartis sur le territoire d’ici 2050. Le calendrier prévoit la mise en service du premier réacteur dès 2030, suivie d’un rythme régulier d’environ un nouveau réacteur par an jusqu’au milieu du siècle.  

Sur le plan technologique, trois axes se sont clairement imposés : 

  • Les SMR de troisième génération constituent la solution la plus réaliste et la plus rapide pour permettre un retour opérationnel de l’Italie au nucléaire dès 2030, grâce à leur flexibilité et à des délais d’autorisation réduits. 
  • Les AMR, ou réacteurs modulaires avancés, jouent un rôle stratégique dans la production de chaleur industrielle à haute température et dans des usages non électriques. 
  • La fusion nucléaire fait partie intégrante de la stratégie nationale à long terme, avec un objectif de 0,4 GW installés d’ici 2050, en ligne avec les orientations européennes et internationales.  

 

Objectifs nationaux et intégration du nucléaire dans le mix énergétique 

Le PNIEC (3 juillet 2024) prévoit : 

  • une contribution nucléaire comprise entre 11 et 22 % de la demande électrique d’ici 2050, 
  • une capacité installée minimale de 7,6 GW dans le scénario conservateur (soit ≈10–11 % du mix). 

La trajectoire inclut le recours : 

  • aux SMR, 
  • aux réacteurs de Génération IV, 
  • aux technologies de fusion. 

La version 2026 du PNIEC, complétée par les analyses du MASE, trace une trajectoire progressive mais solide pour le développement de nouvelles capacités nucléaires en Italie. Cette stratégie prévoit une montée en puissance échelonnée de la fission et de la fusion, avec un objectif d’environ 8 GW installés d’ici 2050. [energiaoltre.it] 

Voici les prévisions officielles : 

Sur le plan économique, les estimations indiquent un potentiel très élevé : la filière nucléaire italienne pourrait générer un marché de 46 milliards d’euros d’ici 2050, confirmant son rôle stratégique dans la transformation industrielle du pays. Par ailleurs, la part attendue de production électrique issue du nucléaire — comprise entre 10 et 11 % — reste cohérente avec les projections de capacité à l’horizon 2050.  

Contexte sociopolitique et évolution de l’opinion publique 

L’évolution de l’opinion publique a joué un rôle notable dans la relance du débat nucléaire. Entre 2025 et 2026, les principaux médias européens ont mis en lumière un changement progressif de perception au sein de la population italienne, largement influencé par la crise du gaz survenue entre 2022 et 2024 et par la prise de conscience de la forte dépendance énergétique du pays — l’Italie important environ 10 % de son électricité de France, en grande partie produite par des centrales nucléaires.  

Ce repositionnement culturel et politique renforce la légitimité du nucléaire non seulement comme solution environnementale, mais également comme instrument essentiel de souveraineté énergétique et de compétitivité industrielle. 

 

Formation et développement des compétences 

L’Italie structure une filière nationale de formation, indispensable après 35 ans d’arrêt du nucléaire. 

Master de niveau II – Technologies des centrales nucléaires 

Lancé le 29 septembre 2025 à Gênes, en partenariat entre Ansaldo Energia et le Politecnico di Milano

  • début : 1er octobre 2025 
  • durée : 1 an 
  • 300+ candidatures, 26 étudiants sélectionnés 
  • tous embauchés en CDI chez Ansaldo Nucleare dès le début du programme 
  • 1 500 heures de formation dont 400 heures de cours 
  • intervenants : Politecnico di Milano, CIRTEN, Université de Gênes, INFN, IAEA, JRC, AIN, SoginNucleco. 

Programmes académiques complémentaires 

  • Master of Science en ingénierie nucléaire — Politecnico di Milano (anglais) 
  • Master de niveau II Politecnico di Torino – ENI (fusion, fission, ingénierie mécanique et énergétique) 
  • Master niveau I en garanties nucléaires (Politecnico di Milano – projet européen SENSSEtt) 
  • Programme international TRAINS (Université de Sienne, OCDE/NEA) sur la sûreté et la sécurité nucléaires 

Ces initiatives couvrent l’ensemble des compétences : physique des réacteurs, exploitation, démantèlement, déchets, sûreté, nonprolifération, applications médicales. 

Analyse stratégique et perspectives 

La stratégie italienne se distingue par : 

  • une coordination étroite entre législateur, industrie et monde académique ; 
  • un calendrier accéléré, conçu pour solidifier le cadre juridique avant les élections de 2027 ; 
  • une diversification technologique (SMR à eau, SMR au plomb, AMR, fusion) ; 
  • une réactivation des anciens sites nucléaires, facilitant l’acceptabilité locale.

Défis identifiés 

  • dépendance à la publication des décrets réglementaires d’ici fin 2027
  • certification des technologies d’ici 2027–2029
  • montée en compétences d’une filière qui redémarre après plusieurs décennies de pause, 
  • absence d’informations publiques sur les modèles de financement ou les coûts. 

Opportunités majeures 

  • intégration dans les programmes français France 2030
  • synergies EDF–Edison–ENEA, 
  • valorisation de la chaleur industrielle (acier, chimie, maritime), 
  • développement d’une chaîne de valeur italienne compétitive en Europe. 

Indicateurs clés à surveiller (2026–2027) 

  1. publication des décrets exécutifs du cadre nucléaire, 
  2. certification AP300 et technologies européennes SMR/AMR, 
  3. préparation des sites de Caorso, Trino, Latina et Garigliano, 
  4. capacité des filières académiques à former plusieurs centaines de spécialistes. 

 

CONCLUSION 

La trajectoire que l’Italie a engagée dès 2024 marque un tournant historique dans sa politique énergétique. Après plus de trois décennies d’absence, le pays se repositionne désormais au cœur des dynamiques européennes liées à la décarbonation, à la sécurité d’approvisionnement et à l’innovation industrielle. Les évolutions législatives, la définition d’objectifs clairs dans le cadre du PNIEC, ainsi que l’engagement d’investissements substantiels témoignent d’une volonté politique forte et structurée. Le choix d’un nucléaire de nouvelle génération — fondé sur les SMR, les AMR et les technologies de fusion — reflète par ailleurs une approche pragmatique, adaptée aux contraintes du système électrique italien et aux ambitions climatiques du pays. 

Audelà des aspects techniques, cette stratégie s’appuie également sur un contexte sociopolitique en pleine évolution. La prise de conscience des limites d’un modèle énergétique dépendant des importations et exposé aux chocs géopolitiques a favorisé un regain d’acceptabilité du nucléaire au sein de la population. La transition envisagée ne repose donc pas uniquement sur des considérations environnementales ou économiques, mais s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté énergétique et de compétitivité industrielle. 

Les prochaines étapes — notamment la publication des décrets d’application et le lancement effectif des premiers chantiers — seront déterminantes pour assurer la crédibilité et la continuité de ce programme. Si les ambitions présentées se concrétisent selon le calendrier prévu, l’Italie pourrait d’ici 2050 disposer d’un parc nucléaire moderne, flexible et complémentaire aux énergies renouvelables, garantissant une réduction significative des émissions, une meilleure stabilité du réseau et un positionnement renforcé dans les chaînes de valeur industrielles européennes. 

En définitive, la relance du nucléaire en Italie apparaît comme une opportunité stratégique majeure. Elle pourrait non seulement contribuer à atteindre les objectifs climatiques nationaux et européens, mais aussi ériger le pays au rang d’acteur de référence dans le développement des technologies énergétiques du futur.