Date de publication :
Mobile World Congress en mars à Barcelone, Netcomm Forum en mai à Milan ou encore Web Summit à Lisbonne en novembre… le calendrier événementiel du numérique offre un aperçu de la place prépondérante qu’occupe l’Europe du Sud sur la scène Tech internationale. Avec une accélération nette des développements commerciaux et de la maturité VC depuis 2023[1], l’Espagne et l’Italie, mais également la Grèce et le Portugal, s’imposent maintenant comme des destinations de premier ordre pour les exportateurs tech européens, dont les acteurs français.

Des marchés d’applications à forte valeur ajoutée
« L’Europe du Sud dispose d’un tissu de grands comptes internationalisés qui offrent un territoire d’applications et d’expérimentations étendu pour de nombreuses solutions », expliquent les membres de l’équipe Business France Europe du Sud. Cybersécurité, télécommunications, banque et assurance, retail… la zone s’ouvre à de nombreux segments d’innovation et de transformation numérique. « Il est fréquent qu’un même donneur d’ordre présente des besoins dans différents métiers ou sur différents enjeux – par exemple, nous avons eu un grand compte qui recherchait des solutions cyber, mais également des briques sur l’efficacité énergétique et la modernisation data », témoigne l’équipe, qui a mis en relation des acteurs tricolores pour chacun de ces besoins.
En Italie, la présence d’un tissu industriel structuré et en pleine modernisation contribue à attirer les profils smart manufacturing, deeptech et greentech, tandis qu’en Espagne, des acteurs d’envergure internationale comme BBVA et Banco Santander (secteur bancaire), Cellnex (télécoms) ou Inditex (retail) participent au rayonnement ibérique. À ces leaders locaux s’ajoutent également de nombreuses entreprises françaises – parmi lesquelles des grands comptes comme Carrefour, Dassault ou Airbus – qui augmentent ainsi la taille du marché pour les exportateurs français.
Innovation et ROI au cœur du sales pitch
Le maître-mot pour convaincre ? Efficacité ! « Les pays d’Europe du Sud ne sont pas vraiment considérés comme des early adopters : s’ils s’intéressent à une solution, c’est parce qu’elle apporte un vrai gain, en temps ou en ressources. Il ne faudra donc pas se positionner sur un discours inspirationnel mais plutôt sur des apports concrets, mesurables, immédiatement exploitables dans un contexte local », préviennent les équipes Business France. Signe de cet état d’esprit très pragmatique : les speed meetings de 7 minutes organisés par l’opérateur Telefonica lors du Mobile World Congress pour sourcer de potentiels sous-traitants ! « La notion de différenciation est importante. Un dixième ERP ou un énième CRM auront moins de chances que des solution ciblées et innovantes répondant à un besoin plus niche ».
Au-delà de cet enjeu d’innovation, la souveraineté européenne constitue un argument supplémentaire pour appuyer une offre française : « Les acteurs économiques recherchent des solutions déjà éprouvées et robustes made in Europe. Dans ce cadre, l’offre française tire son épingle du jeu même si la concurrence reste importante avec les offreurs allemands et anglais ».
Les programmes d’accélération : Booster Impact Iberia et Booster Impact Italie
Pour valoriser ces offres, les équipes de Business France Europe du Sud travaillent depuis une dizaine d’années sur des programmes d’accélération de neuf mois qui visent à faciliter le networking avec les décideurs locaux : ce sont les programmes Booster Impact Iberia et Booster Impact Italie. Prospection individualisée, ateliers d’informations, coaching et mentorat, organisation de rendez-vous d’affaires… l’objectif assumé est de rendre les entreprises sélectionnées immédiatement opérationnelles sur le marché dès la sortie du programme (projets pilotes, recrutement d’un country manager, premières signatures, etc). Depuis leur lancement il y a dix ans, ces programmes ont accéléré plus de 300 entreprises « Alumni » en ouvrant leur carnet d’adresses à des personnalités C-Level locales.
En ce mois de mai, une vingtaine de scale-ups constituant la nouvelle promotion 2026 gagne ainsi les rangs des deux programmes. « Le Booster Impact Iberia et le Booster Impact Italie ont tous deux la volonté de s’adresser à des entreprises déjà matures, qui présentent un projet de développement solide sur ces marchés : elles doivent pouvoir consacrer une ressource au marché d’export et, en majorité, elles ont déjà accompli une levée de fonds », précise-t-on. Une sélection à l’entrée qui s’explique par l’exigence du programme dans la durée : sur neuf mois, d’avril à décembre, les start-ups seront en effet mobilisées plusieurs fois pour participer à des restitutions d’études de marché, à des diagnostics communication ou encore des sessions de coachings au pitch avec un expert local. Le point culminant : un événement de networking avec 150 C-Level locaux, respectivement au Village by CA de Milan et à la résidence de l’Ambassadeur de France à Madrid, pour valoriser les pitchs des start-ups et mettre en avant les réflexions du marché via des tables rondes.
Parmi les segments prioritaires, l’avènement de la Cyber et de l’IA
Les noms des Alumni donnent d’ailleurs une idée de la grande diversité des profils retenus, en écho aux secteurs en croissance sur ces marchés : on retrouve des entreprises de la Fintech (Treezor, Mooncard…), de la RetailTech et Adtech (Mirakl, Axeptio, Exotec…), de l’Industrie 5.0 et des Greentech (deepki, Astrée software, Wisp…) ou encore de la Cyber (Sekoia, Everdian, Egerie, Glimps…). La jeune pousse Stellar, qui propose des solutions de connectivité en mobilité, s’est lancée par ce biais sur les marchés italien et espagnol : « Six contrats ont été conclus pendant le programme et neuf contrats supplémentaires après la fin » indique ainsi son directeur export Simone La Torre. Des performances qui expliquent que ces programmes soient salués par la profession (le prix Business France du meilleur programme de l’année 2025 !).
« Cette année, nous observons une recrudescence d’intérêt sur l’offre Cyber et bien sûr sur l’IA » témoignent les organisateurs des programmes. Il faut dire que le secteur de la cybersécurité connaît une croissance accélérée en Espagne (+70% depuis 2020[1]) et une augmentation régulière en Italie (+12% par an, la cyber étant pointée par le Politecnico de Milan comme « la priorité d’investissement IT des grandes entreprises »). Côté IA, les chiffres sont, sans surprise, sur une tendance ascendante, voire exponentielle : +50% de croissance de marché en Italie[2] et une adoption massive en Espagne (plus de la moitié des entreprises déclarent l’utiliser[3]).
Comment approcher ces marchés dynamiques ?
Les entreprises françaises porteuses de ces solutions se tournent donc assez naturellement vers ces marchés : « Nous n’avons pas vraiment de mal à convaincre les startups de venir prospecter, car ce sont des marchés de proximité qui présentent une maturité et des capacités de financement importantes », confirment les équipes de Business France. La French Tech est d’ailleurs bien implantée dans ces pays, avec des communautés French Tech Italy, French Tech Barcelone, French Tech Madrid et French Tech Lisbonne.
Reste cependant à affiner la stratégie d’approche : si certains arrivent à signer des contrats en direct avec des donneurs d’ordre (par l’entremise du réseau français notamment), certains se tournent vers des intégrateurs pour construire leur légitimité technique auprès des utilisateurs finaux. Sachant que les ESN françaises (Capgemini, Sopra Steria, ATOS…) sont toutes présentes sur ces marchés, aux côtés de leurs homologues espagnoles (Indra) et italiennes (Reply).
Un corridor tech alternatif à celui de Londres-Paris-Berlin ?
Les perspectives sont donc au beau fixe pour les startups exportatrices sur ces marchés. Les données macroéconomiques témoignent d’ailleurs de dynamiques positives : l’Espagne affiche le plus fort taux de croissance d’Europe occidentale avec 2,8% et l’Italie est devenue en 2025 le 4e exportateur mondial, devant la France. Cette embellie économique se propage également aux marchés portugais et grecs qui présentent des taux de croissance supérieurs à 2% et des chiffres de chômage particulièrement améliorés par rapport aux années 2010. La confiance des investisseurs ne cesse donc de se renforcer dans cette région (les notes S&P ont quasiment toutes été relevées en 2025) : il est temps que les startups françaises boostent plus résolument leur présence en Europe du Sud !
[1] https://www.cosmikal.es/cybersecurity-in-spain-q1-2026-real-threats-a-pending-regulatory-framework-and-a-sector-in-full-effervescence/
[2] https://www.ansa.it/canale_tecnologia/notizie/tecnologia/2026/02/05/il-mercato-dellia-cresce-del-50-in-italia-vale-18-miliardi_74798323-4ef0-4b8d-b97c-7c9126cfc94d.html?utm_source=chatgpt.com
[3] https://elpais.com/economia/2026-02-25/el-58-de-las-grandes-empresas-espanolas-ya-utilizan-la-inteligencia-artificial.html?utm_source=chatgpt.com
[1] Investissements sur les start-up : En Espagne : +15% en 2025 // En Italie : + 28% en 2024 // En Grèce : + 35% en 2025 // pas de chiffres sur le Portugal mais une consolidation rapide