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Le 24 mars 2026, le gouvernement sénégalais officialisait la réception de l’infrastructure cloud nationale qui hébergera les applications et données des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar, du 31 octobre au 13 novembre 2026. Un projet pensé pour le long terme, au-delà du seul événement sportif, qui traduit bien l’ambition du Sénégal de s’équiper en infrastructures numériques robustes et de grande ampleur.

Compétition mondiale et expertise française
Un projet qui illustre également l’enjeu concurrentiel que représente cette course à l’équipement numérique : si les entreprises françaises sont très actives sur ces sujets dans le pays, c’est le chinois Alibaba Cloud qui, sur ce projet précis, s’est montré décisif. Un mauvais signal pour la filière française ? « Pas vraiment, car les entreprises tricolores restent des partenaires de premier plan sur la structuration de projets complexes et l’offre en infrastructures critiques, témoigne Anaïs Leleu, chargée de développement Tech et Services pour Business France au Sénégal. L’expertise et la qualité française restent plébiscitées mais il faut convaincre avec des offres compétitives et adaptées aux contextes locaux ».
À trois heures d’avion de là, à Abidjan, le constat est le même : « Sur des grands projets inscrits à l’agenda gouvernemental 2021-2025, comme la digitalisation des démarches administratives, le déploiement de la connectivité ou le développement de la cybersécurité, la France a démontré son savoir-faire et sa capacité à répondre aux demandes des pouvoirs publics ivoiriens, confirme Anicet Bousson, chargé de développement Tech et Services pour Business France Côte d’Ivoire. Mais il y a un mouvement très dynamique autour de ces sujets dans la région et cela risque d’attirer beaucoup d’opérateurs et d’investisseurs internationaux ».
Un arsenal de plans gouvernementaux pro-tech
Car les projets se multiplient au Sénégal comme en Côte d’Ivoire et, au-delà, dans toute l’Afrique de l’Ouest. En février 2025, dans le cadre de sa Vision 2050 (programme de transformation du pays à horizon 2050), le gouvernement sénégalais s’est ainsi lancé dans un New Deal technologique qui porte à 1,8 milliards d’euros les financements publics dédiés aux projets du secteur d’ici 2034. Parmi les objectifs énoncés : augmenter à 15 % la part du numérique dans le PIB national, dématérialiser 90% des procédures administratives, atteindre une couverture intégrale en fibre optique et en 5G d’ici 2030 ou encore rapatrier un maximum de données sur le sol sénégalais via la construction de datacenters… « Le numérique est considéré comme un levier de transformation et de souveraineté au même titre que l’énergie ou les transports », confirme Anaïs Leleu, qui cite la ville intelligente de Diamniadio et le Parc des Technologies Numériques parmi les projets les plus emblématiques.
En Côte d’Ivoire, c’est le programme de la Stratégie Nationale de Développement du Numérique 2021-2025, doté d’environ 3 milliards d’euros, qui s’est vu prolongé jusqu’en 2030, avec l’objectif de digitaliser 100 % des démarches administratives et de former 20 000 jeunes ingénieurs aux métiers du numérique (entre autres projets). « Avec 32 000km de fibre optique déjà déployés et 36 millions d’abonnés internet, la Côte d’Ivoire démontre une certaine maturité sur le volet connectivité mais ce sont les infrastructures critiques comme les datacenters et le développement cloud qui concentrent la plus forte accélération », ajoute Anicet Bousson qui cite la création de l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information en 2024 comme témoin de l’explosion cyber.
Au-delà du Sénégal et de la Côte d’Ivoire : un enjeu ouest-africain
Des projets et des ambitions qui s’observent également dans toute la sous-région : la Mauritanie a ainsi inauguré le datacenter national de Nouakchott en mai 2025 et lancé une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle incluant le développement d’une infrastructure digitale sur la période 2025-2029. Même type de stratégie IA au Bénin avec un budget de 4,6 milliards de francs CFA et une ambition importante en matière de déploiement de l’internet très haut débit et du stockage de données. Quant à la Guinée, le projet de Technopole de vingt hectares à Conakry illustre le démarrage d’une politique plus large autour de la maîtrise des données, à laquelle s’ajoute le quadruplement du réseau de transport data (backbone) en 2025. « Il y a donc une ouverture importante pour les entreprises françaises qui viendraient s’implanter localement, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, et qui chercheraient à rayonner à l’échelle régionale », confirme Anaïs Leleu.
Un désir commun de se rassembler : l’InfraNum West Africa Forum by Business France
Pour cette raison, les bureaux locaux de Business France ont décidé de faciliter les rencontres en conviant les cinq agences du numérique (Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Guinée, Mauritanie) à un événement unique organisé en partenariat avec la fédération InfraNum et Sénégal Numérique SA : l’InfraNum West Africa Forum, qui se tiendra à Dakar les 15 et 16 septembre prochains. « La demande des responsables institutionnels est très forte pour rencontrer les offreurs de solutions français, poursuit Anaïs Leleu. Ils souhaitent s’inspirer de projets déjà déployés, bénéficier de retours d’expérience concrets et identifier les solutions susceptibles d’accompagner leurs ambitions de déploiement à l’échelle nationale ». Le programme de l’événement mêle d’ailleurs des réflexions stratégiques en tables rondes la première journée (sur les sujets clés que sont l’IA, la connectivité, la cyber et le spatial) et des rencontres ciblées le lendemain (rendez-vous B2B et visites de sites).
Côté français, la motivation est identique : « C’est la quatrième année que nous organisons cet événement, après deux éditions à Abidjan et une autre à Dakar, et c’est une demande forte de la filière de le reproduire encore cette année » précise Anicet Bousson.
Une filière France hétérogène mais intégrée
Car le panorama très divers d’acteurs de la Team France dans ce secteur (opérateurs télécom, bureaux d’études, intégrateurs, équipementiers, fournisseurs de services) laisse espérer un grand nombre d’opportunités. « Au-delà des leaders naturels que sont Orange, Thalès, Schneider Electric ou encore Vinci Énergies, il y a tout un tissu d’ETI à forte expertise qui trouvent sur ces marchés des projets structurants ». Parmi eux, la pépite CapIngelec, spécialiste en ingénierie de datacenters, s’est ainsi déployée depuis dix ans sur le continent africain en créant une entité dédiée BlueSun DC Ouest Afrique qui est intervenue sur le projet PARAE de digitalisation de l’administration en Côte d’Ivoire et auprès de Huawei et PAIX Data Centers au Sénégal pour le développement des projets cloud. « La dimension partenariale est importante, confirme Anaïs Leleu. Nous encourageons les opérateurs à trouver des relais sur place, notamment des intégrateurs afin de faciliter leur insertion dans l’écosystème local et d’appuyer sur les aspects juridiques et fiscaux ».
Au Sénégal, c’est Orange Sonatel qui s’impose sur la partie connectivité (concurrencé par le malgache Yas et le soudanais Expresso Telecom), tout en s’ouvrant à des acteurs internationaux comme Amazon Web Services sur des projets ponctuels (ex : le lancement récent d’une technologie d’ultra-basse latence, AWS Wavelength). En Côte d’Ivoire, le déploiement du réseau télécom s’est partagé entre Orange, MTN Côte d’Ivoire (sud-africain) et Moov Africa, filiale de Maroc Telecom. Sur la partie cyber et ingénierie, Atos déploie des centres d’expertise de plus en plus étoffés à Dakar et Abidjan (plus de 500 ingénieurs à Dakar notamment) tandis que d’autres acteurs comme Thalès ou Airbus Défense and Space sont actifs dans la région mais sans présence sur place. Sur la partie services informatiques, CapGemini met en avant des projets de transformation digitale de grands comptes, comme celui mené avec Eramet en 2023 tandis qu’Inetum évoquait en avril 2026 une croissance de 18 % de son chiffre d’affaires en Afrique et des discussions en cours avec la Banque africaine de développement à Abidjan.
Des projets soutenus par les bailleurs internationaux
« Le poids des bailleurs de fonds n’est pas à négliger dans ces projets d’infrastructures numériques, rebondit Anicet Bousson. Les notions de connectivité, de souveraineté numérique et d’adoption digitale font partie intégrante de l’agenda des agences de développement ». Ainsi, la Banque Islamique de Développement a récemment investi 50 millions de dollars dans la transformation numérique de la Mauritanie et la Banque Mondiale et la BEI se sont coordonnées sur un financement de 35 millions d’euros pour la construction du datacenter de Nouakchott et le projet WARCIP (la liaison du pays à un nouveau câble sous-marin en fibre optique). Au Sénégal, la Banque Mondiale a accordé en avril 2023 un financement de 91 milliards de francs CFA dans le cadre du Projet d’Accélération de l’Economie Numérique au Sénégal (PAENS) visant à soutenir le développement des infrastructures et services numériques, tandis que la Banque Africaine de Développement, depuis sa création, a financé135 projets pour un montant cumulé de 4,5 milliards de dollars, dont plusieurs initiatives dédiées au numérique. Les bureaux locaux de Business France accompagnent d’ailleurs les entreprises dans leur veille sur les appels d’offres ouverts et référencent des partenaires fiables pour aider les entreprises à surmonter les enjeux de conformité et d’accès au marché (pour ce type de projet et, plus globalement, pour tout projet export).
L’Afrique de l’Ouest, prochain hub technologique ?
Le 24 mars dernier, le gouvernement sénégalais lançait officiellement sa plateforme e-Sénégal destinée à moderniser l’accès aux services publics via la numérisation des certificats de nationalité ou des casiers judiciaires. À terme, ce seront 200 services publics qui seront digitalisés, un processus auxquels participent les Françaises Thalès et Famoco. « La croissance des usages digitaux et des services numériques va s’amplifier, constatent Anaïs Leleu et Anicet Bousson. La maturité progresse, les écosystèmes locaux se structurent et les financements sont là : il y a donc une vraie fenêtre d’opportunités pour les entreprises françaises dans la région… et le Sénégal et la Côte d’Ivoire en constituent la porte d’entrée ».
L’Afrique de l’Ouest, prochain hub technologique ? Réponse les 15 et 16 septembre à Dakar lors de l’InfraNum West Africa Forum.
Vos rendez-vous Export
➡️Business Seminar Infrastructures Numériques Sénégal, les 15 et 16 septembre 2026
L’Afrique de l’Ouest, notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire, offre un environnement favorable aux entreprises françaises grâce à des liens économiques forts et un cadre juridique familier. Portée par d’importants investissements dans les infrastructures, la région présente de nombreuses opportunités, soutenues par des incitations attractives pour les investisseurs étrangers.
➡️Ambition Africa, les 24 et 25 novembre 2026
Placée sous le haut patronage du Président Emmanuel Macron, Ambition Africa revient pour une 8ᵉ édition orientée résultats. Véritable plateforme d’affaires France–Afrique, l’événement réunit décideurs et entreprises pour accélérer les partenariats et projets.
En deux jours : opportunités, expertises sectorielles, rendez-vous B2B et networking stratégique pour développer des collaborations durables.
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