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Être contactéDes sécheresses à répétition et un manque d’eau aigu pour l’agriculture et l’industrie
Cette crise de l’eau touche le pays déjà depuis plusieurs années. En effet, le déficit de précipitations causé par la sécheresse de 2018 n’a pas été comblé dans plusieurs régions. D’après les autorités de l’environnement de Rhénanie du Nord Westphalie, il manquerait dans la région l’équivalent de 15 mois de précipitations. La principale cause est le réchauffement climatique, qui frappe particulièrement l’Allemagne. La température moyenne de l’air a augmenté de 1,7 °C en Allemagne depuis la période préindustrielle, soit 0,6 °C de plus qu’à l’échelle globale.
Quand il fait plus chaud, l’évaporation est plus importante, donc une partie de l’eau devient indisponible. D’autre part, l’eau a du mal à s’infiltrer jusqu’au nappes phréatiques. L’infiltration est plus difficile pour un sol sec, et les infrastructures allemandes laissent beaucoup d’eau s’écouler au lieu de s’infiltrer, par exemple avec les tranchées de drainage des agriculteurs et l’artificialisation des sols. On estime que chaque année, l’Allemagne perd 2,5 km3 d’eau. Ainsi, depuis 2000, l’Allemagne a perdu l’équivalent de la quantité d’eau contenue dans le lac de Constance. Si l’eau est disponible dans toutes les régions allemandes, la quantité réellement utilisable est plus critique et place l’Allemagne dans une position plus délicate.
Même les années où les précipitations sont importantes, l’eau vient à manquer. On désigne pour responsable de cette crise la hausse de la consommation des particuliers, qui aurait augmenté avec le florissement des piscines. Il est pourtant nécessaire de rappeler que ce sont l’industrie et la production énergétique qui représentent les trois quarts de la consommation d’eau en Allemagne. Les autorités estiment que l’agriculture représente quant à elle 2 % de la consommation totale, mais ce chiffre est une sous-estimation car la majorité de cette consommation n’est pas déclarée, les agriculteurs disposant souvent de leurs propres pompes et infrastructures pour se fournir en eau.
Le manque d’eau se fait ressentir du côté des agriculteurs. Les sols sont très secs, et ce même en profondeur, si bien que l’eau de pluie y pénètre trop rapidement donc les plantes n’ont pas le temps d’en profiter et elles se dessèchent. La situation varie beaucoup selon les régions car cela dépend aussi de la nature des sols. Certains champs ne conviennent plus aux cultures. Mi-juillet, moins de 30 % des champs destinés au maïs étaient encore adaptés à la culture de cette céréale à cause de la sécheresse, de nombreuses régions du pays étaient concernées par ce problème. De plus, les céréales arrivent à maturation plus tôt et jaunissent plus rapidement rapporte la porte-parole de la chambre d’agriculture de Rhénanie du Nord Westphalie. Les rendements sont médiocres, en 2018, une année de grande sécheresse, les récoltes de blé d’hiver avaient été de 15 % inférieures à la moyenne.
La sylviculture est également touchée. En forêt, 80 % des arbres sont endommagés par la sécheresse, et en 2020, 20 fois plus d’épicéas sont morts qu’en moyenne. Le transport fluvial est aussi impacté. Le Rhin atteint des niveaux historiquement bas, ce qui perturbe la circulation des bateaux et donc le commerce des marchandises, notamment issues de l’agriculture comme les céréales et celui de ressources nécessaires à l’industrie (charbon, fioul, carburant). Les usines utilisant l’eau du Rhin pour leur refroidissement, et plus particulièrement la chimie, dont l’approvisionnement dépend fortement du fleuve sont concernées.
Les communes contraintes de prendre des mesures
A la mi-juillet, 40 circonscriptions (Lankreise) avaient décrété l’état d’urgence pour l’eau, ce qui leur permettait de sanctionner d’une amende allant jusqu’à 50 000 EUR toute personne pratiquant l’arrosage par une température supérieure à 25 °C. Au-delà de ces mesures de court terme, il devient absolument nécessaire de mieux gérer l’eau, pour garantir l’approvisionnement des agriculteurs, qui sans eau ne peuvent rien produire.
Gerd Landsberg, président de la fédération allemande des villes et communes défend nouvelle gestion de l’eau, qui s’appuierai sur un réseau de canalisations d’ampleur pour apporter l’eau là où elle est nécessaire, mais aussi sur de nouveaux réservoirs d’eau. Pour cela il faudrait selon lui modifier le droit de la construction afin d’accélérer les procédures. Actuellement, il faut compter autour d’une quinzaine d’années pour construire un réservoir d’eau, mais au vu de la crise, les communes ont besoin de ces infrastructures au plus vite, et des programmes locaux pour soutenir l’agriculture par temps sec sont appelés à devenir la règle.
Dans ce contexte tendu, le Bundestag a voté mi-novembre 2023 la « Klimaanpassungsgesetz », loi d’adaptation climatique. Ce texte, proposé par le gouvernement fédéral, prévoit que chaque commune réfléchisse à sa stratégie d’adaptation au climat du futur, ce qui comprend des mesures pour l’agriculture et la sylviculture. Un sondage a été mené auprès des communes allemandes, et parmi celles qui ont participé, 53 % ont estimé qu’elles font ou vont bientôt faire face à un risque de pénurie d’eau. Seulement 8 % des communes déclarent ne pas être concernées par ce risque, et le tiers restant n'a pas encore d’avis à ce sujet. Parmi les circonscriptions, également interrogés lors d’un sondage récent, 7 % veulent installer des réservoirs, et 8 % de nouveaux systèmes de captage. Mais l’immense majorité des circonscriptions ne peuvent pas encore se prononcer à ce sujet. Si les communes doivent prévoir les mesures d’adaptation, le financement pour leur mise en place est encore débattu.
Si l’adaptation des infrastructures paraît être une mesure importante, des voix se lèvent contre la gratuité de l’eau dans certains Länder. En effet, la Bavière, la Hesse et le land de Thuringe ne font pas payer l’eau aux consommateurs, peu importe leur nature, communes, industriels ou agriculteurs. Cela répand l’idée que l’eau est gratuite, toujours disponible et qu’elle peut être consommée sans limites. Rendre l’eau payante comme dans les 13 autres Länder serait un moyen de financer les infrastructures nécessaires à la gestion de l’eau (pompes, centres de traitement) et les nouveaux projets.
Sources : Olaf Zinke, Agrarheute, 19 juin 2023. Frankfurter Allgemeine Zeitung, 28 novembre 2023. Norbert Lehmann, Agrarheute, 20 juillet 2023. MDR, 7 juillet 2023. Tagesschau, 11 octobre 2023. Deutscher Bundestag, 16 novembre 2023.