Date de publication :
Je souhaite aller plus loin, je veux être contacté(e) par un expert gratuitement.
Être contactéLes négociations pour un accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie ont été relancées à la mi-2025. Les économistes australiens soutiennent fortement cet accord, estimant qu’il pourrait générer jusqu’à 7,4 Mds AUD de gains de PIB d’ici 2030 pour l’Australie, avec des retombées positives dans des secteurs comme l’énergie, la santé l’éducation et l’agroalimentaire.
Si les négociations récentes ont permis de nouvelles avancées, un point de désaccord majeur persiste : le système des indications géographiques de l’Union européenne. L’UE protège plus de 3 600 indications géographiques via son système d’Appellation d’Origine Protégée (AOP), préservant ainsi les savoir-faire de terroir et garantissant l’authenticité des produits. Dans le cadre des négociations de cet accord, l’UE souhaite que l’Australie reconnaisse plus de 400 noms protégés, ce que l’Australie conteste pour un grand nombre d’entre eux.
Pour l’Australie, le système d’indications géographiques impacterait lourdement les producteurs australiens
Pour l’UE, les produits AOP sont un gage de qualité et garantissent au consommateur une origine géographique spécifique. Ces produits bénéficient de prix plus élevés sur le marché ce qui protège aussi les petits producteurs contre les pratiques d’imitations ou de concurrence déloyale.
Si l’Australie reconnaît certaines indications géographiques comme Champagne ou Roquefort dont les noms sont clairement liés à la région d’origine, le pays refuse d’en reconnaître d’autres qu’elle considère comme des termes génériques et non exclusifs. Adopter ce système de protection pourrait lourdement impacter les producteurs australiens qui seraient obligés de changer le nom de leurs produits, entraînant une perte de reconnaissance commerciale, des coûts juridiques et un repositionnement sur les marchés internationaux. Cela pourrait en effet les désavantager face à des concurrents non-européens, comme les États-Unis ou le Canada, qui continueraient à utiliser ces noms dans des marchés clé comme l’Asie où la demande en produits laitiers occidentaux est en forte croissance. Selon l’Australian Dairy Farmers Association, une telle situation pourrait entraîner des pertes annuelles de 75 à 95 M AUD pour les producteurs laitiers australiens.
Prosecco, feta et parmesan : des exemples de désaccord entre les deux régions
Certains exemples illustrent bien les négociations en cours entre les deux entités.
- Prosecco : l’Italie a transformé en 2009 le nom du cépage Prosecco en ‘Glera’ pour faire du Prosecco une indication géographique. Les australiens, affirmant que ce raisin était déjà cultivé en Australie depuis le début des années 2000, estiment que le terme Prosecco est générique et dénoncent une manœuvre protectionniste de la part de l’UE.
- Feta : le cas est assez similaire, bien que protégé en Europe depuis 2002 comme produit grec, le terme est largement utilisé en Australie et produit par de nombreuses laiteries. L’incohérence du système européen est aussi critiquée, soulignant que du « feta danois » est encore vendu en UE.
- Parmesan : si l’UE considère qu’il s’agit d’une évocation du Parmegiano Reggiano, protégé depuis 1996 et interdit des mentions comme « parmesan style », l’Australie affirme que parmesan est un terme courant pour un fromage dur vieilli et que son interdiction poserait de lourdes contraintes aux producteurs locaux.
Quels scenarios possibles ?
L’accord entre l’UE et le Canada, où le sujet des IG était aussi un point de friction majeur, est un exemple intéressant : dans ce cas, un compromis a été trouvé via un système de ‘droits acquis/grandfathering’ : les producteurs canadiens utilisant déjà certains noms (comme gorgonzola…) et ont pu continuer de les utiliser à condition d’utiliser une mention distinctive : par exemple « feta canadienne ». En revanche, aucune protection n’a été accordée aux termes jugés génériques, tels que parmesan.
L’accord entre le Japon et l’UE suit une logique similaire : le Japon a accepté de protéger plus de 200 IG européennes mais a exclu les termes génériques.
Peut-être que le résultat des discussions en cours penchera vers un accord similaire.