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Être contactéEn Belgique, les taux de recyclage sont souvent présentés comme parmi les meilleurs d’Europe. Se satisfaire de ce constat revient toutefois à ignorer une réalité plus difficile pour le secteur de la valorisation des déchets.
Le recyclage européen traverse une période compliquée. Il subit la concurrence directe de matières premières importées à bas coût, souvent issues de ressources fossiles et plus polluantes. À cela s’ajoutent des réglementations européennes fragmentées, qui rendent le cap global peu lisible. Résultat: les entreprises du recyclage se retrouvent sous pression et ralentissent leurs investissements dans de nouveaux procédés de valorisation.
Pourtant, développer et structurer des filières européennes solides permettrait de recycler davantage et plus efficacement, qu’il s’agisse du verre, des plastiques ou des composants électroniques. Cela reviendrait surtout à réduire la dépendance de l’Europe à des matières premières importées.
Il faut cependant reconnaître que le recyclage restera souvent plus coûteux pour une entreprise que l’achat de matières vierges importées, notamment d’Asie. Recycler implique de nombreuses étapes et de multiples acteurs qui doivent être rémunérés. La future taxe carbone aux frontières pourrait améliorer la compétitivité des matières recyclées, sans que son effet soit encore certain.
À l’échelle d’un territoire, le recyclage reste néanmoins plus rentable : il crée des emplois, génère de la valeur ajoutée locale et renforce l’autonomie en ressources. Les autorités semblent conscientes de ces enjeux, mais fixer uniquement des objectifs de recyclage obligatoires ne suffira pas.
Tant que les acteurs du recyclage ne bénéficient pas d’une concurrence plus équitable et que les règles restent fragmentées entre pays européens, il sera illusoire d’espérer une économie réellement circulaire et robuste. Affirmer qu’il est possible de concilier économie et environnement sans mettre en place des conditions économiques réalistes risque de rester un discours sans effet.
Si l’Europe hésite à définir un cap clair pour des raisons climatiques, elle devrait au moins le faire pour des raisons stratégiques. Mieux valoriser les ressources disponibles sur son territoire est possible et renforcerait son autonomie. Dans un contexte géopolitique tendu, l’Europe doit jouer la carte de l’intelligence et de l’indépendance.