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Être contactéLe projet d’extension de la centrale nucléaire de Paks est entré dans une phase décisive. À la suite de consultations avec des partenaires internationaux, le gouvernement hongrois a affirmé sa volonté d’accélérer le chantier, dans un contexte marqué par des évolutions industrielles et géopolitiques majeures. Ce projet, au cœur de la stratégie énergétique nationale, cristallise aujourd’hui à la fois des ambitions de souveraineté et des vulnérabilités structurelles.
Un chantier stratégique pour la sécurité énergétique
L’extension de Paks — souvent désignée sous le nom de Paks II — prévoit la construction de deux nouveaux réacteurs destinés à compléter les unités existantes. L’objectif affiché est clair : garantir à long terme la sécurité d’approvisionnement électrique de la Hongrie, maintenir une capacité de production bas carbone pilotable et réduire l’exposition aux fluctuations des marchés énergétiques.
Le calendrier gouvernemental évoque une mise en service commerciale des unités 5 et 6 au début de la prochaine décennie. Toutefois, l’expérience des projets nucléaires comparables en Europe montre que les délais de construction peuvent s’allonger significativement. Même dans un scénario optimiste, certains experts estiment que l’entrée en exploitation pourrait n’intervenir qu’au milieu de la prochaine décennie.
La durée de construction est généralement évaluée à 8 ou 9 ans à compter du premier coulage de béton. Or, plusieurs développements récents pourraient affecter cette estimation.
Le retrait allemand et ses conséquences
Un tournant important est intervenu concernant le système de contrôle-commande, composant critique de toute installation nucléaire. Initialement, sa réalisation reposait sur un consortium associant un acteur français et un acteur allemand. Or, le gouvernement allemand a refusé d’accorder les autorisations d’exportation nécessaires, empêchant l’entreprise allemande concernée de remplir ses obligations contractuelles.
Ce refus a conduit à son retrait du projet, créant une incertitude industrielle notable. Si des modifications des plans d’exécution s’avéraient nécessaires, cela pourrait entraîner des retards supplémentaires. La question centrale est désormais la suivante : dans quelle mesure le partenaire français pourra-t-il poursuivre la mission sans son co-contractant et comment les composants initialement prévus seront-ils remplacés ?
Dans les projets internationaux comparables, la pratique consistait à confier les systèmes de sûreté à la partie française, tandis que les systèmes non liés à la sûreté relevaient plutôt de la partie allemande. La recomposition de cette architecture technique représente donc un défi d’ingénierie et de coordination.
À ce stade, l’ampleur exacte de l’impact financier et calendaire du retrait allemand demeure incertaine.
Coopérations internationales et diversification diplomatique
Parallèlement aux enjeux industriels, le dossier Paks s’inscrit dans un jeu diplomatique plus large. Une conférence de presse conjointe réunissant le premier ministre hongrois, le ministre des Affaires étrangères et le secrétaire d’État américain a mis en lumière un nouvel accord de coopération dans le domaine nucléaire entre la Hongrie et les États-Unis.
Cette annonce s’ajoute aux relations existantes avec les partenaires européens et au contrat principal conclu avec l’entreprise russe en charge de la construction des réacteurs. Elle traduit une volonté manifeste de diversification stratégique : maintenir le projet dans son cadre contractuel initial tout en élargissant les coopérations occidentales.
Les discussions bilatérales ne se sont pas limitées au nucléaire. Les questions du pétrole brut et du gaz naturel ont également été abordées. Parmi les sujets évoqués figurent notamment les conditions du rachat de la raffinerie serbe NIS par le groupe hongrois MOL. Aucun détail n’a cependant été rendu public concernant ces échanges.
Un autre point sensible concerne les sanctions américaines visant une grande entreprise pétrolière russe. Il a été confirmé que la Hongrie avait bénéficié d’une exemption, sans précision quant à sa durée. À ce jour, aucune décision officielle détaillée n’a été publiée, ce qui entretient une certaine ambiguïté juridique.
Un projet sous surveillance européenne
Au-delà des enjeux industriels et diplomatiques, Paks II évolue dans un cadre juridique européen exigeant. Certaines décisions antérieures relatives à l’attribution directe du contrat principal ont fait l’objet d’un réexamen au niveau européen, ravivant le débat sur la conformité des procédures avec le droit de l’Union.
Ces développements soulignent la sensibilité politique du projet. La coopération avec un partenaire russe dans le domaine nucléaire, alors que le contexte géopolitique européen demeure marqué par la guerre en Ukraine, suscite des interrogations au sein de plusieurs États membres.
Pour le gouvernement hongrois, toutefois, la priorité reste la continuité de l’approvisionnement énergétique et la stabilité du mix électrique national. L’argument avancé repose sur la souveraineté énergétique et la nécessité d’une capacité nucléaire robuste pour accompagner la transition bas carbone.
Incertitudes techniques et défis financiers
Au-delà des considérations politiques, Paks II représente un engagement financier de très grande ampleur. L’équilibre du modèle économique dépendra de la maîtrise des coûts, du respect des délais et de la stabilité des conditions contractuelles.
Les retards éventuels pourraient avoir des conséquences directes sur le coût global du projet. Les ajustements techniques liés au remplacement de certains fournisseurs ou à la modification de plans validés constituent des facteurs de risque non négligeables.
En outre, la coordination entre acteurs industriels issus de différents pays, opérant dans un environnement réglementaire complexe et soumis à des tensions géopolitiques, accroît la sensibilité du calendrier.
Entre ambition énergétique et contraintes géopolitiques
Paks II dépasse désormais le cadre d’un simple chantier d’infrastructure. Il s’inscrit à l’intersection de plusieurs dynamiques : transition énergétique européenne, redéfinition des dépendances stratégiques, équilibre entre souveraineté nationale et intégration communautaire.
La Hongrie cherche à sécuriser son avenir énergétique par un investissement nucléaire structurant, tout en naviguant entre partenaires occidentaux et orientaux. Cette stratégie d’équilibrage permet de diversifier les coopérations, mais elle expose également le projet à des pressions multiples.
L’avenir de Paks II dépendra donc autant de la capacité technique des industriels à résoudre les défis opérationnels que de l’évolution du contexte politique international. Si le chantier progresse sur le terrain, son aboutissement demeure conditionné par une série de variables externes : décisions réglementaires, autorisations d’exportation, stabilité des partenariats et environnement géopolitique.
À mesure que le projet avance, une certitude s’impose : Paks II constitue l’un des dossiers énergétiques les plus structurants de la Hongrie contemporaine, révélateur des tensions et des arbitrages qui façonnent aujourd’hui la politique énergétique européenne.
Sources :
- Titre : Cette centrale nucléaire russe qui déstabilise l’Europe - Source : L'Express (France) · 19/02/2026 Joël Le Pavous - En Hongrie, le pari nucléaire de Viktor Orban qui déstabilise l’Europe – L'Express
- Titre : La Hongrie et les États-Unis s'accordent sur un programme nucléaire commun.Source : Portfolio.hu 2026/02/16 https://www.portfolio.hu/gazdasag/20260216/kozos-atomprogramrol-allapodott-meg-magyarorszag-es-amerika-818176
- Titre : Hongrie: coulage du premier béton de Paks-5Source : https://www.nuklearforum.ch/fr/nouvelles/hongrie-coulage-du-premier-beton-de-paks-5/