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Être contactéDans ce contexte, l’OCDE prédit une inflation de 4,1% sur 2026 pour l’Australie, soit un des niveaux les plus élevés des économies développées.
1) Sécurité alimentaire : modifications de certaines productions ; hausses des prix alimentaires.
L’augmentation des prix des intrants devrait donner lieu à une inflation des prix alimentaires. Visible à partir d’avril- mai, elle toucherait d’abord les produits laitiers, puis les fruits et légumes, et enfin les produits animaux intensifs (porc, volaille). Cela est dû à plusieurs facteurs : un renchérissement des frais de production et de transport, mais aussi une offre moindre de certaines denrées.
En effet, certains producteurs ont mis en pause certaines interventions (amendements, chaux…) au risque de réduire l’espérance de rendement et ont réorienté leur production (blé, colza, légumes) vers des options moins consommatrices en intrants (orge, avoine, légumineuses). La ministre de l’Agriculture a partagé les estimations du Trésor, qui tablait mi-avril sur une augmentation de 3 à 4% des prix des produits alimentaires ; et elle a rappelé les outils permettant de dérisquer la situation (action de l’Australian Consumer and Competition Commission), et Code de conduite pour les produits alimentaires. Par ailleurs, certaines cargaisons à destination du Moyen-Orient, sur l’eau au moment du conflit, ont été perdues (carottes par exemple). Le secteur agricole a appelé à accélérer le travail sur l’élaboration d’une stratégie nationale de sécurité alimentaire, pour mieux coordonner et assurer les moyens de production ; il a également appelé à reconnaître le secteur agricole comme essentiel dans l’économie. En réponse, et à l’occasion du Conseil national de l’alimentation du 23 mars, la ministre de l’Agriculture a lancé une évaluation de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Coordonnée par l’organisme de recherche Agrifutures, cette évaluation vise à comprendre où sont les points d’exposition des filières et comment gérer les situations de disruption dans la production alimentaire. Le secteur agricole (notamment lait, fruits, légumes) a également appelé la grande distribution à relever les prix d’achat des matières premières agricoles, afin de prendre en compte les hausses de charges sur les transports. Les organisations professionnelles mettent en avant que, sans une telle revalorisation, les producteurs pourraient moins investir et planter, ce qui pourrait créer des situations de chute d’offre voire de pénurie. Au passage, la lettre recense des cas de pratiques déloyales de la distribution : demandes non justifiées de volumes et de prix, requêtes d’informations sur les plans de production des cultivateurs, etc. En réponse, la grande distribution a rappelé la responsabilité partagée dans toute la chaîne, et l’objectif de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs. La chaîne Woolworths a indiqué relever ses prix d’achat du lait de 10 cents par litre pour une vingtaine d’éleveurs qui la fournissent directement ; Coles a indiqué étudier la question ; Lactalis relèvera ses prix d’achat de 5 cents par litre pour plus de 800 éleveurs ; Norco annoncera une décision similaire plus tard en avril. À noter que le coût de l’emballage est également un sujet d’inquiétude, le prix de la résine nécessaire à la fabrication des bouteilles étant passé de 1200 AUD/t à 3000 AUD/t.
2) Carburant : sécurisation des approvisionnements ; mesures gouvernementales (fiscalité, soutien aux importateurs, mesures techniques).
Le ministre de l’Energie indique régulièrement qu’il n’y a pas de pénurie de carburant. Mi-avril, les stocks nationaux étaient stables, à 39 jours pour l’essence, 29 jours pour le diesel et 30 jours pour le kérosène ; et moins de 4% des stations-services sont vides. Néanmoins, le gouvernement appelle à limiter les déplacements, par exemple en recourant au télétravail. Il met en œuvre une diversité de mesures : division par deux de l’accise sur les carburants et de la taxe pour véhicules lourds pour les mois avril-mai-juin (coût total de 2,55 Mds AUD) ; baisse du point de brûlage dans les raffineries (de 61,5°C à 60,5°C) ; libération d’une partie des stocks stratégiques nationaux ; implication du gouvernement pour soutenir les opérateurs privés dans la passation de contrats avec leurs fournisseurs à l’étranger. Ce dernier point a été conduit par le Financial Framework Supplementary Powers Act 1997, qui permet à Export Finance Australia à apporter des garanties aux banques et fournisseurs, à faciliter des crédits, et à mettre en place des mécanismes de partage du risque. Ainsi le gouvernement soutient les importateurs de carburants face aux hausses de prix et à l’incertitude sur les livraisons ; et, pouvant orienter où doit être dirigé le carburant, il a annoncé qu’il irait en particulier vers les zones rurales. Ce dispositif devrait permettre d’augmenter les stocks australiens de 22 millions de barils dans le courant du mois d’avril. Il a été mis en œuvre avec plusieurs distributeurs australiens de carburant dans la première quinzaine d’avril.
3) Engrais : inquiétudes sur les approvisionnements et sur les prix ; tournée régionale du Premier ministre ; développement de la production nationale.
Avec la disponibilité et les prix des carburants, les engrais sont le sujet le plus sensible pour les exploitants agricoles. En effet, plus de 60% de l’urée utilisée par l’agriculture australienne passe par le détroit d’Ormuz ; les prix des engrais en Australie ont augmenté de plus de 50% entre début mars et mi-avril ; et les restrictions de la Chine à l’export d’acide sulfurique inquiètent. Le gouvernement a mis en place une Task Force hebdomadaire (Fertiliser Supply Working Group) dédiée à améliorer la disponibilité des fertilisants. Elle inclut des représentants des principales agences gouvernementales, et des organisations professionnelles Fertilizer Australia et National Farmers Federation. Réunie pour la première fois le 2 avril, elle a dessiné trois voies d’action principales : (i) l’approche de fournisseurs alternatifs en engrais ; (ii) la collaboration avec l’Australian Competition and Consumer Commission pour coordonner l’approvisionnement en engrais ; et (iii) l’implication du gouvernement pour aider les importateurs à sécuriser leurs approvisionnements (sur le modèle des carburants ci-dessus). Le 7 avril, la ministre de l’Agriculture indiquait que les stocks de fertilisants dans le pays étaient suffisants pour les semis en sortie d’automne. Le Premier ministre a effectué mi-avril une tournée régionale pour sourcer de l’urée et du carburant. Il a obtenu de Singapour et de Brunei qu’aucune restriction ne serait mise sur les navires de carburant à destination de l’Australie ; et a annoncé avoir fait aboutir un accord entre Incitec Pivot Fertilisers et PT Pupuk Indonesia, pour un approvisionnement de 250 000 t d’urée. Dans l’ensemble, les arrivages d’urée se poursuivent mais à des prix qui montent et qui se situaient entre 1445 et 1495 AUD la tonne dans la première quinzaine d’avril. Les navires prévus proviennent de Brunei (31 000 t arrivée début avril, 28 000 t mi-avril), Indonésie (32 000 t début avril, 32 000 t début avril, 36 000 t début avril, 13 000 t mi-avril), Qatar (36 000 t début avril). L’arrivage de 225 000 t de phosphore était également prévu en avril. Pour accélérer les importations de fertilisants en diversifiant les origines, sans compromettre la biosécurité, le Département de l’agriculture (DAFF) a assoupli certaines procédures (audits, certificats, déclarations des fabricants…). Par exemple, au lieu de la règle actuelle qui prévoit que tous les contrôles se fassent en Australie, il est désormais possible d’en réaliser certains offshore voire avant le départ des marchandises des pays exportateurs ; et de déclarer des lots à faible risque pour lesquels les procédures seront encore plus assouplies. Les nouvelles conditions entreront en vigueur le 30 avril.
S’agissant des entreprises de la filière des intrants, des perturbations ont eu lieu du fait d’un arrêt non prévu de production de l’usine Yara de Western Australia. Et CSBP et Summit Fertilizers ont déclaré une situation de force majeure et ne seront pas en mesure d’honorer la totalité de leurs contrats sur mai-juillet ; cela obligera les agriculteurs à se reporter sur des produits de substitution, à des prix potentiellement plus élevés. Il y a cependant quelques pistes pouvant apporter des réponses, à différents termes. Le fournisseur Nutrien Ag Solutions a indiqué exploiter son réseau mondial pour apporter autant de garanties que possible aux producteurs australiens, pour qui la saison commence. Un grand espoir est placé dans l’usine de Perdaman à Perth, investissement de 6,5 Md AUD qui devrait produire 2,3 millions de tonnes d’urée par an à partir de mi-2027 ; Perdaman a noté qu’elle pourrait être prête 4 mois plus tôt, sous condition d’un investissement de 200 M AUD du gouvernement, et de procédures accélérées de visas pour 400 travailleurs ; le gouvernement n’a pas répondu à ces demandes. Dans le Western Australia, un projet de site de fabrication d’ammoniaque à base d’énergies renouvelables (Murchison Green Hydrogen Project) devrait produire, vers 2032, 2 millions de tonnes d’ammoniaque par an. La décision finale d’investissement devrait être prise en 2027. La start-up PlasmaLeap, basée à Sydney, commercialise une solution permettant de produire de l’azote et de l’ammoniaque liquide à partir d’air, qui peut être installée sur ferme dans un container alimenté par de l’énergie solaire. Elle devrait être déployée en Tasmanie et dans le New South Wales dès cette année.
Enfin, le secteur agricole et l’organisation Fertiliser Australia ont proposé de réorienter l’azote utilisé dans la filière des explosifs (sous forme d’ammonium nitrate) ; et à utiliser le sulfate d’ammoniaque, coproduit de l’exploitation du nickel et du cuivre.
4) Commerce agricole : allègement de la fiscalité ; simplification des procédures administratives.
En réponse à la demande du secteur agricole, le gouvernement a décalé l’entrée en vigueur d’une taxe supplémentaire sur l’export prévue pour le 1er juillet 2026, et qui entrera donc en application le 1er juillet 2027. Le Département de l’agriculture (DAFF) a mis en place des procédures simplifiées pour les retours de produits laitiers et de produits contenant des œufs. Il a également créé des procédures permettant de délivrer de manière agile des certificats sanitaires à des marchandises réorientées, une fois les marchés alternatifs calés par les opérateurs.
Lien : https://adpf.org.au/urgent-action-needed-to-safeguard-dairy-supply-amid-fuel-disruption-risks/