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Être contactéFin novembre 2025, l’annonce de la suspension temporaire des importations de porc espagnol en raison de l’apparition d’un foyer de PPA a créé une vague d’incertitude sans précédents quant à la capacité du marché japonais à s’approvisionner en viande porcine. Depuis cette annonce, la presse spécialisée locale (Shokuhin Sangyo Shinbun,etc...) se penche de manière régulière sur la phase de réorganisation à marche forcée dans laquelle entre le marché face à la disparition d’un fournisseur majeur. Elle rapporte ainsi différentes initiatives de fournisseurs qui voient une opportunité historique de capturer des gros marchés que l’Espagne a été contrainte d’abandonner et qui sont maintenant à qui veut les prendre.
L’Espagne, avec environ 169 000 tonnes de viande porcine exportées annuellement vers le Japon, soit 17% des approvisionnements totaux du pays, occupait en effet un rôle central, notamment sur le porc congelé et plus spécifiquement sur la poitrine. Le choc que représente cette annonce ne s'observe néanmoins pas d'un seul coup : le porc congelé importé obéissant à des délais logistiques retardant l’effet visible de la rupture, certains importateurs déclarent pouvoir encore tenir jusqu’aux alentours du mois de juin grâce aux flux déjà envoyés ou aux stocks restants. Mais cet amortissement est temporaire : les stocks intérieurs de porc importé devraient tomber vers le bas de la fourchette des 170 000 tonnes au cours du premier semestre, soit environ 21,5% en dessous du dernier niveau annuel observé par la Agriculture & Livestock Industries Corporation (ALIC), signe d’un marché nettement fragilisé.
Dans ce contexte, la presse rapporte que les importateurs se dépêchent de chercher des origines alternatives pour combler ce manque. Il apparaît déjà clairement qu’aucun des grands pays fournisseurs ne semble pouvoir à lui seul remplacer l’Espagne en termes de volumes, de niveaux de prix et de qualité attendue.
- Le Brésil illustre cette limite : s’il peut apporter du volume additionnel, ce dernier ne représenterait qu’environ 12 000 à 13 000 tonnes par mois, et ses producteurs imposent souvent la commande en gros de parts non spécifiquement sollicitées, alors que l’achat de poitrine est principalement recherché.
- L’Amérique du Nord est également présentée comme fournisseur alternatif, mais n’est pas non plus une solution simple en raison de la forte demande locale pour le belly qui maintient les prix à un niveau élevé.
- L’Europe reste elle aussi importante, mais a tendance à vendre en lots de morceaux.
- Le Mexique peut répondre à la demande sur certaines niches, par exemple pour des usages type chashu (poitrine braisée utilisé par exemple dans les nouilles), mais ne suffirait pas à combler le manque laissé.
L’image qui apparaît progressivement dans la presse est que cette réorganisation majeure du marché sera donc un mélange de solutions, à la fois sur les origines mais également sur la question des morceaux. Le porc réfrigéré importé devrait encore représenter un peu plus de 400 000 tonnes en 2026. Néanmoins, la hausse des prix nord-américains sur les coupes d’entrée de gamme change les arbitrages. Dans ce contexte, la longe apparaît comme un point d’équilibre potentiel : elle reste relativement plus maîtrisée en coût et plus disponibles que d’autres parts devenues très tendues à la demande.
Sur les origines, des solutions apparaissent également de plus en plus clairement dans la presse. Face à cette crise qui rebat les cartes, certains pays ont en effet perçu une opportunité historique sur un marché traditionnellement conservateur de gagner des parts de marché et visent ouvertement le Japon avec des stratégies agressives.
- C’est notamment le cas du Chili, pour qui le Japon est déjà un client stratégique, avec 46 584 tonnes pour 144 M USD d’exportations de viande porcine en 2025. Bénéficiant déjà d’atouts structurels (niveau sanitaire élevé, efficacité de production), le pays annonce en 2026 des actions concrètes pour tenter de se positionner comme un partenaire de confiance : ciblage du foodservice, organisation de séminaires et de démonstrations montrant le potentiel du porc chilien dans la cuisine japonaise, rapprochement avec les écoles de cuisines et les chefs japonais, ou encore communication via les médias spécialisés. Ne cherchant pas seulement à vendre une origine, et pressentant un changement à long terme, le Chili tente de prouver spécifiquement comment son porc s’intègre à la cuisine japonaise, visant à la fois la préférence du produit et la préférence d’usage.
- Le Portugal, lui, est un entrant relativement récent, mais qui, suite à cette crise, insiste en particulier dans sa communication sur son offre très alignée sur les besoins B2B du marché. Présent au Japon depuis seulement 2023, l’un de ses grands groupes industriels communique dans la presse locale spécialisée en mettant en avant une capacité de production impressionnante (3 000 porcs par jour et par poste, 400 exploitations, 60 000 truies par an…). Il se présente comme favorable à la production de poitrines de petite ou moyenne taille, recherchées par les industriels japonais, et comme un acteur capable de compenser une partie du manque laissé par l’Espagne.
- Le Canada illustre une troisième approche différente pour se positionner comme la solution : il se place comme un leader déjà installé et digne de confiance. En 2025, les importations japonaises de porc canadien ont atteint environ 260 000 tonnes, représentant une hausse de 6,2%. Cette progression est particulièrement portée par le porc réfrigéré (+13,4%), tandis que le congelé recule. Au vu du contexte actuel, le Canada cherche à mettre en avant sa qualité, ses standards de production, son programme VCP et la durabilité dans le cadre d’une communication orientée vers les acteurs de la distribution, de la restauration, et même des consommateurs. Pour mener à bien son objectif de développement sur le marché, le principal promoteur du porc canadien a notamment participé pour la première fois au Supermarket Trade Show tenu en février 2026 près de Tokyo.
Dans la presse spécialisée, la France a parfois été directement citée comme nouvelle origine qui bénéficierait d’une image favorable sur le marché, et est identifiée comme potentiel fournisseur alternatif à explorer, en particulier sur la charcuterie et certaines poitrines décongelées vendues au détail. Huitième fournisseur du Japon sur ce segment, la France y a exporté 20 000 tonnes de porc en 2024, pour une valeur d'environ 85 M EUR.
Mais face aux actions immédiates des pays concurrents, couvertes de manière régulière, la crédibilité de la piste française se fragilise et la fenêtre se ferme progressivement : le risque pour les producteurs français n’est pas de manquer une simple opportunité commerciale ponctuelle, mais de laisser d’autres pays occuper le terrain au moment où les décisions commencent à être prises et les nouveaux équilibres se construisent.
Le marché japonais ne reste ainsi pas immobile face à cette crise qu’il est obligé de régler rapidement : si la situation actuelle créée une opportunité historique, elle correspond à une phase de réallocation active dans laquelle les acheteurs cherchent déjà, arbitrent déjà sur la question des coupes et des prix, et testent déjà d’autres origines.
Source :
- Shokuhin sangyo shinbun 09 mars
- Shokuhin sangyo shinbun 06 avril
- 3 retours d'importateurs /producteurs entre mars et avril