Les fondamentaux
Le Royaume-Uni a été pionnier du nucléaire civil (premier réacteur commercial mondial, Calder Hall, 1956) mais a subi 30 ans de sous-investissement : la capacité installée est passée d'environ 13 GW (pic mi-1990s) à environ 6 GW aujourd'hui (~14% de l'électricité produite).
- Le Civil Nuclear Roadmap to 2050 (DESNZ) confirme l'ambition de 24 GW installés d'ici 2050, soit jusqu'à un quart de la demande électrique nationale, portée par l'objectif Net Zero 2050 et l'enjeu de sécurité énergétique post-invasion russe de l'Ukraine.
- Le parc historique (huit centrales EDF Energy, filiale britannique d'EDF) est en déclassement progressif ; Sizewell B reste la seule tranche PWR en service.
- Deux chantiers structurent le renouveau : Hinkley Point C (EPR, EDF/CGN, mise en service attendue fin de décennie) et Sizewell C (réplique de HPC, FID engagée, construction active depuis 2024).
- Un programme SMR piloté par Great British Nuclear (Rolls-Royce SMR en tête) et une filière AMR (réacteurs avancés, hydrogène/chaleur industrielle) complètent la feuille de route, avec des décisions d'investissement de 3-7 GW attendues tous les 5 ans entre 2030 et 2044.
Part dans le mix de production électrique britannique
Pourcentage présentant la part de chacune des sources d'électricité de production au Royaume-Uni
Opportunités pour l'offre française
De grands groupes et ETI français sont présents au Royaume-Uni. À titre d’exemple, Orano, Framatome, Assystem, Bouygues, Boccard ou Nuvia ont pu bénéficier de leur expérience internationale pour s’implanter. Une étude publiée par Oxford Economics montre que les entreprises britanniques peuvent seulement contribuer à une part située entre 45 et 60 % de la valeur du marché du nucléaire local.
Opportunités pour l'offre française sur les grands projets :
- Sizewell C : réplique de HPC en construction active, chaîne d'approvisionnement déjà largement qualifiée côté français.
- Programme SMR/AMR (Great British Nuclear) : ouverture à des partenaires internationaux, décisions échelonnées 2030-2044.
- Démantèlement/gestion des déchets : marché NDA de ~3 Md£/an.
- Cycle du combustible/enrichissement : synergies avec Urenco et le projet d'usine HALEU (horizon 2031).
- Pénurie de compétences : quasi-doublement des effectifs qualifiés requis d'ici 2043, marché pour la formation et l'ingénierie françaises

Source : Civil Nuclear: Roadmap to 2050 - DESNZ
The Economic Impact of the Civil Nuclear Industry, Urenco (03/08/2026)
Responsabilité sociétale
Innovation et expertise attendues
La politique de développement de nucléaire civil mise sur deux types de projets :
- Les projets de développement de nouvelles centrales à grande échelle sont dominés par le géant EDF, le gouvernement britannique (actionnaire majoritaire pour SZC) et, dans une moindre mesure, par CGN qui, malgré son retrait de SZC, reste majoritaire pour BDB. Il est donc essentiel pour les entreprises françaises de pouvoir montrer de l’expérience avec l’entreprise EDF.
- Les SMR (Small Modular Reactor), ces unités de moindre échelle, seront décentralisées et pourront alimenter les demandes locales tout en étant rattachées directement au réseau de distribution. Pour développer cette technologie, un récent consortium mené par le géant Rolls Royce a vu le jour pour une unité de production de 470MW.
La réglementation spécifique liée aux enjeux environnementaux
Pour accompagner son ambition de 24 GW à horizon 2050, le Royaume-Uni a mis en place, dès 2020, un Advanced Nuclear Fund doté de 385 MGBP pour soutenir le développement des technologies SMR et AMR, avec l'objectif de générer un effet de levier sur l'investissement privé. Le gouvernement a créé Great British Nuclear au printemps 2023 (Energy Act 2023), organisme chargé de piloter la sélection et le déploiement des nouveaux projets, qui a lancé dès juillet 2023 son processus de sélection technologique SMR.
Sur le plan réglementaire, l'Office for Nuclear Regulation (sûreté et sécurité) et l'Environment Agency (protection environnementale) évaluent conjointement les nouveaux réacteurs, le gouvernement vise à en réduire les délais jusqu'à 50%.

Source : Civil Nuclear: Roadmap to 2050 (DESNZ)
A guide to Nuclear Regulation in the UK, ONR (04/08/2026)
Clés d'accès
Le profil des partenaires / approche commerciale à privilégier
Les entreprises françaises devront se familiariser avec l'environnement réglementaire et contractuel du nucléaire civil au Royaume-Uni. En effet, la non-conformité avec les réglementations britanniques et l'absence d'implantation au Royaume-Uni sont considérées comme des freins importants par les principaux acteurs britanniques. En revanche, les fournisseurs ont l'habitude des standards techniques utilisés par les énergéticiens français, et ces standards sont largement repris par EDF Energy dans le cadre du programme Nuclear New Build. Il est fortement recommandé d'identifier en amont des acteurs britanniques pour nouer des partenariats afin d'accéder aux futurs appels d'offre.
La réglementation spécifique
Le Royaume-Uni n’est plus membre du Traité Euratom. Afin de respecter ses engagements internationaux et d'assurer la continuité du régime des Garanties nucléaires, le Royaume-Uni a dû procéder au remplacement du système actuel mis en œuvre par Euratom. Le Parlement a adopté une loi en juin 2018 ("Nuclear Safeguards Bill") actant le nouveau régime de Garanties mise en œuvre par l'Office for Nuclear Regulation (ONR) sur le territoire national. Sur le plan international, le Royaume-Uni a signé un ensemble d'accords de coopération nucléaire (NCA) nécessaires à la continuité des échanges commerciaux dans le domaine du nucléaire civil avec ses partenaires prioritaires (Commonwealth, Japon, AIEA).
Niveau de taxation
La TVA est de 20 % pour la grande majorité des produits et services. L’impôt sur les sociétés est au Royaume-Uni de 25% pour les entreprises aux bénéfices supérieurs à 250 000 GBP, de 19% pour les sociétés dont les bénéfices sont inférieurs à 50 000 GBP, et répondent à un échelonnement intermédiaire pour les profits entre 50 001 et 250 000 GBP.
Depuis le Brexit et selon l’accord de coopération et de commerce qui lie désormais le Royaume-Uni à l’Union européenne, des droits de douane peuvent désormais s’appliquer aux exportations depuis la France, en fonction des règles d’origine.

Source : VAT rates on different goods and services - Site gouvernemental
Article Nuclear power - UK Ten point plan for Climate action (04/08/2026)